Congo Lucha: l’utopie non violente en marche

Congo Lucha: l’utopie non violente en marche

Pendant deux ans, Marlène Rabaud a filmé les jeunes de la Lucha à Goma. Un mouvement citoyen de lutte pour le changement qui a fait tache d’huile au Congo et éclaire les enjeux fondamentaux des prochaines élections. Son documentaire sera diffusé sur la RTBF le 8 décembre à 21h05.

Surtout ne pas se fier aux apparences : ces jeunes gens au look d’étudiants modèles qui défilent sans crainte et sans armes, sont déterminés. Depuis leur naissance, ils n’ont connu que la guerre et son lot de victimes civiles innocentes. Le but de ces jeunes gens, pacifistes et non violents ? Encourager la population congolaise à devenir exigeante vis-à-vis des autorités, alors que les élections sont sans cesse reportées depuis plus de deux ans. On croirait une banale utopie, mais elle est en marche.

La mobilisation via les réseaux sociaux

Depuis quelques années, ces groupes de jeunes à la fois très connectés et très conscients du décalage entre leur quotidien et ce qu’ils pourraient vivre, se mobilisent. À l’image de Luc Nkulula, juriste de formation qui s’est mis à lutter pour les droits élémentaires de la population et « pour que la dignité du Congolais soit respectée ». À leurs yeux, l’injustice ne passe plus et notamment celle qui veut qu’au Congo, il soit plus facile d’avoir du réseau que de l’eau. Une réalité qu’ils ont décidé de tourner à leur avantage. Ainsi est née la Lucha, mouvement citoyen de lutte pour le changement au Congo. Créé à Goma, sur la terre volcanique de l’est de la République, berceau de tous les conflits depuis plusieurs décennies, le mouvement y est très actif et manifeste notamment régulièrement devant le siège de la Monusco, qui ne parvient pas à ramener la paix au Congo.

Avec d’autres organisations citoyennes, la Lucha a mis sur pied une plateforme d’action commune. Peu à peu, leur détermination va ébranler les autorités du Congo, bien déterminées à faire payer le prix fort aux jeunes de la Lucha. Certains jeunes vont dès lors passer de longs mois en détention avant d’être finalement relâchés.

Ce fut le cas du procès de Rebecca Kabugho, 22 ans, condamnée à six mois de prison en 2016, devenant ainsi la plus jeune prisonnière politique au monde. La nouvelle de l’arrestation de membres de la Lucha fait tache d’huile et attire les regards de la communauté internationale sur les dérives congolaises. Or, ces dernières années, dans d’autres pays africains, des dictateurs ont dû quitter le pouvoir sous la pression de mouvements populaires. Certains diplomates étrangers reconnaissent dans la Lucha cette même jeunesse qui va peut-être réussir à changer le cours des choses au Congo.

Deux ans de tournage au fil de huit ou neuf voyages

Marlène Rabaud connaît bien le pays où elle a déjà tourné de nombreux films en tant que documentariste (Kafka au Congo, Meurtre à Kinshasa: Qui a tué Laurent-Désiré Kabila?). De retour à Goma en 2016, elle entame un nouveau travail documentaire qui va durer deux ans et réclamer huit ou neuf voyages sur place. La cinéaste se dit fascinée par les jeunes de la Lucha qui « luttent à mains nues pour sauver l’embryon de démocratie qui existe dans leur pays », seule manière selon eux d’espérer la fin de la guerre et des jours meilleurs. Pourtant, à les voir, au départ, on a beaucoup de mal à le croire tant leurs moyens de lutte semblent dérisoires : chants, affichettes collées sur les murs lézardés, t-shirts et pancartes. Leur force tient dans leur détermination. Car ce mouvement indépendant ne cherche pas le pouvoir et est donc difficile à corrompre.

Pendant que le président Kabila continuait à refuser d’organiser des élections et que le pays s’enfonçait dans la crise, les jeunes de la Lucha sont restés mobilisés et Marlène Rabaud est revenue régulièrement les filmer. Le résultat de cette rencontre, qui s’intéresse à leurs (maigres) victoires comme à leurs nombreux déboires, se trouve au cœur du film qui sera diffusé sur la RTBF le 8 décembre prochain (à 21h05 sur La Trois) et offre un important éclairage sur les prochaines élections attendues au Congo.

Malgré les arrestations, les menaces, les brimades et les exactions, les jeunes de la Lucha ont prouvé que quelques hommes et quelques femmes déterminés et constants, semaine après semaine, mois après mois, pouvaient créer l’étincelle capable de faire plier un gouvernement réputé tout puissant et le forcer à respecter les échéances démocratiques, électorales. Fournissant l’exemple d’une lutte citoyenne sans précédent au Congo.
Ce film, par sa narration à hauteur humaine, rend un vibrant hommage à tous ces jeunes Congolais qui continuent à lutter pied à pied avec les autorités afin que soient enfin organisées des élections libres en RDC.

Karin Tshidimba

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