Nigeria: les médias s’unissent contre la désinformation

Nigeria: les médias s’unissent contre la désinformation

Une quinzaine de médias, dont l’AFP, ont lancé mercredi un programme commun de lutte contre la désinformation avant la présidentielle de février au Nigeria où les principaux partis politiques s’accusent mutuellement de diffuser de fausses nouvelles. Le projet CrossCheck Nigeria, en collaboration avec le Centre international du journalisme d’enquête (ICIR) d’Abuja et First Draft, une ONG britannique qui vise à lutter contre la désinformation dans le monde entier, ambitionne de faire travailler ensemble des médias habituellement concurrents pour enquêter et réfuter l’afflux de fausses informations sur les réseaux sociaux.

Alertés par le grand public, qui peut directement demander aux journalistes de se pencher sur telle ou telle nouvelle grâce à un numéro Whatsapp ou sur le site internet www.crosschecknigeria.org, les médias publieront les résultats de leurs recherches.

Pour le directeur exécutif d’ICIR, Dayo Aiyetan, Facebook, Twitter et WhatsApp sont devenus « des moyens pour les politiciens de répandre des informations erronées, des rumeurs et des mensonges ».

« Les médias ont la responsabilité de vérifier les informations diffusées sur les réseaux sociaux pour s’assurer de leur véracité », a-t-il ajouté lors de la journée de lancement du projet à Lagos.

« Aux Etats-Unis, il y a un seul président Trump », a-t-il dit en référence aux attaques régulières du chef d’Etat américain contre les médias qu’il accuse de diffuser des « fake » news ».

« Au Nigeria, nous avons des milliers de Trump qui utilisent la fausse information comme une arme et le problème ici est généralisé ».

Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique avec plus de 180 millions d’habitants, se rendra aux urnes en février pour élire son président, ses députés et gouverneurs (le Nigeria est un pays fédéral).

Le chef de l’Etat Muhammadu Buhari, 75 ans, est candidat à sa propre succession et affrontera le richissime homme d’affaires et ancien vice-président Atiku Abubakar, 72 ans.

La campagne entre ces vétérans de la politique nigériane devrait être féroce et les résultats serrés. L’état de sécurité très dégradé dans plusieurs régions inquiète les observateurs qui craignent de nombreuses violences en amont et lors des scrutins, comme cela a pu être le cas dans le passé.

Dans ce pays où l’immense majorité de la population vit dans la grande pauvreté et où le niveau d’alphabétisation est très faible (59%), les fausses informations, souvent créées à dessein politique, se propagent comme une trainée de poudre sur les 140 millions de téléphones portables que compte le pays, selon les chiffres de la Nigerian Communications Commission de 2017.

Récemment, les réseaux sociaux se sont emparés d’une rumeur selon laquelle le président Buhari n’avait pas survécu à la maladie pour laquelle il était parti se soigner en 2017 et aurait été « cloné » ou « remplacé » par un sosie originaire du Soudan.

Cette désinformation était issue du groupe séparatiste biafrais et « dans le sud-est du Nigeria, énormément de gens croient en cette rumeur », confiaient les journalistes présents lors du lancement de CrossCheck.

Le pays est profondément divisé entre un nord musulman et un sud chrétien, ainsi qu’en une multitude de groupes communautaires aux intérêts souvent divergents, ce qui amplifie le risque de propagation de rumeurs ou de fausses nouvelles.

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