La restitution d’oeuvres en débat chez les anciens colonisateurs

La restitution d’oeuvres en débat chez les anciens colonisateurs

La restitution des oeuvres pillées pendant la colonisation, notamment en Afrique, fait débat dans la plupart des anciennes puissances coloniales européennes.

Une convention de l’Unesco contre l’exportation illicite de biens culturels, adoptée en 1970, permet d’organiser sporadiquement des restitutions mais elle ne s’applique pas rétroactivement. Les anciens pays colonisateurs, dont les grands musées craignaient de devoir rendre certains de leurs trésors, ont traîné les pieds pour la ratifier. La France ne l’a fait qu’en 1997, le Royaume-Uni en 2002, l’Allemagne en 2007 et la Belgique en 2009.

– En France –

En 2016, le Bénin a demandé la restitution d’une partie des trésors du Royaume du Dahomey – totems, sceptres, portes sacrées du Palais d’Abomey – pris par les troupes françaises entre 1892 et 1894 et exposés au musée du Quai Branly à Paris. Sèchement rejetée dans un premier temps, la requête a ensuite trouvé une oreille attentive chez le président Emmanuel Macron.

Après avoir lancé du Burkina Faso la promesse d' »un retour du patrimoine africain à l’Afrique », M. Macron a confié à deux universitaires, la Française Bénédicte Savoy et le Sénégalais Felwine Sarr, le soin d’en déterminer les conditions éventuelles.

Leur rapport, qui doit être remis au président vendredi et dont l’AFP a obtenu copie, propose d’amender le code du patrimoine français pour permettre la restitution de biens culturels emportés par la France pendant la période coloniale.

– En Belgique –

En Belgique, l’association d’afro-descendants Bamko-Cran demande la restitution des objets « acquis lors de massacres coloniaux », et la mise en place d’une commission pour déterminer leur origine. « On ne parle pas de vider les musées évidemment, la restitution ne veut pas forcément dire le retour physique des oeuvres », dit cette association.

Le pays est traversé de débats sur son passé colonial avant la réouverture le 8 décembre, après cinq ans de travaux, du musée de l’Afrique de Tervuren, l’ancien musée royal de l’Afrique centrale fondé au 19e siècle par Léopold II pour offrir aux Belges une vitrine des « bienfaits » de la présence belge au Congo, au Rwanda et au Burundi.

« Je suis favorable à un renforcement des capacités des musées africains, et à une discussion sur des prêts à long terme et des expositions itinérantes. En premier lieu, les musées européens doivent digitaliser leurs inventaires et les mettre à disposition de musées africains », a déclaré à l’AFP le directeur général du musée, Guido Gryseels.

– En Allemagne –

L’Allemagne, dont l’empire colonial s’est étalé de 1884 à la fin de la Première guerre mondiale, réfléchit depuis plusieurs années aux oeuvres d’art issues de ses anciennes possessions comme le Cameroun et la Namibie. En septembre 2017, la ministre de la Culture Monika Grütters avait évoqué une structure similaire au Centre allemand des biens culturels volés, chargé de retrouver les propriétaires des oeuvres pillées par les nazis.

Le débat risque de s’accentuer d’ici l’ouverture en 2019 à Berlin du Humboldt Forum, un grand musée ethnologique qui doit exposer de nombreuses oeuvres issues des anciennes colonies allemandes.

– Au Royaume-Uni –

Le British Museum détient une importante collection de bronzes du royaume du Bénin pillés par l’armée britannique en 1897, et dont le Nigeria réclame le retour. Le musée s’est dit ouvert à l’idée de les renvoyer au Nigeria, mais seulement sous forme de prêt.

Le Victoria and Albert Museum s’est également déclaré disposé à prêter pour une longue durée à l’Ethiopie des bijoux et manuscrits emportés par les soldats britanniques en 1868 lors de la prise de Magdala, la capitale de l’Empereur Tewodros II.

Le leader de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn a promis de rendre les oeuvres d’art volées à leurs pays d’origine s’il devenait Premier ministre.​

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