Move With Africa : la couleur des valeurs

Move With Africa : la couleur des valeurs

 

L’Institut de la Vierge Fidèle partira au Bénin avec l’ONG VIA Don Bosco. Celle-ci veut contribuer à la concrétisation du droit à l’enseignement pour les jeunes défavorisés et les communautés marginalisées dans le Sud.

Ce mercredi, c’est le troisième rendez-vous entre les élèves de l’Institut de la Vierge Fidèle et Christopher, le responsable de projet pour l’ONG VIA Don Bosco. Par une belle après-midi de novembre, nous nous retrouvons pour prendre le déjeuner ensemble rue du Val d’Or avant de commencer les ateliers méticuleusement préparés par l’ONG.

Ici, les choses sont structurées et claires! Le timing est précis, mené à la baguette par Christopher :  après le temps des sandwichs vient celui, rapide, de se lever et de déplacer les chaises en arc de cercle face au mur. Tous assis, nous voilà rassasiés, attentifs et concentrés pour écouter Christopher.

La première question qu’il prononce, pourtant simple et fondamentale, nous prend un peu au dépourvu : «Pour moi, qu’est ce qui est important dans la vie?». Mais les réponses fusent, variées : « Pour moi c’est surtout la famille », répond une élève. « Moi c’est plutôt, le respect », répond un autre. Dans le calme et la confiance, démarre en sourdine une belle réflexion intérieure tandis que nous restons à l’écoute de Christopher qui tente d’élargir le sujet.

Les élèves de l’Institut de la Vierge Fidèle, attentifs aux ressentis de chacun, s’écoutent patiemment.

La différence entre valeurs et normes

Il n’y a pas bonne ni de mauvaise réponse. Toutes les réponses sont bonnes. Chaque personne est unique et possède sa propre sensibilité. Notre parcours de vie, notre âge, notre genre, nos origines sociales et culturelles nous influencent et orientent notre sensibilité et nos schémas de pensées. En fonction de ces éléments, nous ne réagissons pas de la même manière face à tel ou tel sujet. Et c’est ce dont il va s’agir aujourd’hui : les sujets comme portes d’entrée vers les valeurs et les normes. Prenons la famille, par exemple. La famille n’est pas une valeur ni une norme, mais bel et bien un sujet. Lorsque nous discutons de ce sujet, certaines de nos valeurs émergent dans la conversation. Ainsi, certains perçoivent la famille avant tout comme un cercle d’entraide et de solidarité. D’autres mettront plus l’accent sur les valeurs de la responsabilité et de l’honnêteté, essentielles à leurs yeux pour avoir des relations familiales saines.

Afin de comprendre les subtilités de l’atelier proposé, Christopher insiste sur la différence entre les termes « valeurs » et celui « normes « , qu’il estime fondamentale pour mieux comprendre l’évolution de nos sociétés. Une valeur est « un idéal que chaque personne se construit sur un certain sujet ». Les normes par contre représentent «  les règles de comportement considérées comme normales par un certain groupe ou par la société dans son entièreté ».

Prenons un sujet comme le sport, propose Christopher. Une des valeurs importantes dans le sport c’est d’être fairplay. « Quelles sont les règles/les normes qui existent pour être fairplay ? » demande Christopher. Les réponses fusent : « se serrer la main avant le match », « pas de violence ni d’insultes », « ne pas simuler », « ne pas contester l’arbitre », etc. Et oui ! Être fairplay cela présuppose effectivement des codes, des règles qui vont exprimer cette valeur.

Un à un, les élèves écrivent des valeurs fondamentales et des normes sur deux grandes feuilles accrochées au mur de la classe.

Ce qui est très intéressant à constater, c’est que nos valeurs, inculquées bien souvent depuis l’enfance, nous paraissent souvent logiques, sensées et rationnelles. Elles semblent aller de soi, et d’une certaine façon, supplanter d’autres valeurs qui nous paraissent contradictoires. Nous avons tous été confrontés à des situations où le discours d’une personne allait à l’encontre de nos valeurs. Et nous avons alors parfois eu du mal à comprendre ces valeurs contradictoires, les nôtres nous paraissant meilleures, plus cohérentes, plus justes.

Or, comme nous l’avons déjà abordé plus haut, les valeurs d’une personne se construisent dès son enfance. Nos parents, notre milieu social, notre environnement, notre sexe, notre culture, et encore bien d’autres éléments vont forger notre esprit et notre perception du monde. Pour ajouter de la complexité à l’être humain, il faut aussi comprendre que nos valeurs n’évoluent pas toujours sur un même pied d’égalité dans notre esprit. Certaines nous semblent fondamentales ou immuables. D’autres varient d’importance ou évoluent en fonction de notre âge, de notre parcours, etc.

En clôture du sujet, Christopher nous explique une autre différence fondamentale entre valeurs et normes. Contrairement aux valeurs, les normes peuvent évoluer très rapidement au sein d’une société. La majorité des grandes mutations que subissent les sociétés sont accompagnées de changements de normes qui entraînent parfois des changements de valeurs.

Les élèves et leurs professeurs dans les locaux de l’ONG VIA Don Bosco, en plein processus de réflexion sur leurs propres valeurs.

La couleur des valeurs

Mais assez de théorie, passons aux cas concrets ! Prenons l’arrivée d’internet. Qu’est ce qui a changé ? « Et bien la sphère privée n’est plus la même » répond une professeure. Et oui c’est sûr ! Aujourd’hui les moindres détails de notre vie sont exposés aux yeux de tous sur internet. Facebook, Instagram, Snapchat, Twitter et j’en passe, sont tous des réseaux sociaux qui ont fait évoluer les normes en ce qui concerne le privé et le public. Quoi d’autre ? « J’ai vu récemment une publicité pour un site de rencontres uniquement pour les gens mariés. Là, on prône carrément l’adultère » dit la même professeure. Et oui, même une valeur qui nous semblait fondamentale et immuable est aujourd’hui revisitée et challengée. Pourtant, depuis quand sommes nous monogames ? Cette valeur même de fidélité dans un couple n’est-elle pas le résultat d’une évolution de la société à une époque donnée ? Au regard de l’histoire, on observe que le christianisme a fortement contribué à implanter la fidélité dans le couple. Mais que, dès l’Antiquité, la fidélité était exigée au sein du mariage, plus particulièrement envers les femmes. Il  faut effectivement noter que c’est surtout le désir de filiation qui fut l’un des piliers de l’exclusivité sexuelle : se marier avec une femme vierge donnait l’assurance au mari d’avoir une descendance légitime. Avec l’évolution de nos sociétés et, plus précisément, l’évolution de la place de la femme au sein de celles-ci, il n’est finalement pas si étonnant de voir cette valeur remise en question.

Entre rires et concentration, cet après-midi est aussi un moment pour apprendre à mieux se connaître au sein du groupe.

Pas si facile que ça à comprendre? Alors exerçons-nous! Chaque élève et professeure reçoit une feuille avec dix valeurs importantes. Avec un total de 500 points, ils doivent attribuer un nombre de points à chaque valeur en fonction de l’importance de celle-ci à ses yeux. On réalise un tableau de Mondrian, où les couleurs présentes sont proportionnelles à la quantité attribuée à chaque valeur. Munis de nos marqueurs, nous voici tous attablés, en pleine réflexion sur nous-même. Déjà on remarque les nuances de couleurs chez certains, la présence ou l’absence d’une couleur chez les autres et finalement le constat est unanime : personne n’a le même tableau.

Pendant le debriefing de l’atelier chacun s’exprime. « Moi je ne supporte pas qu’on ne soit pas honnête. Même si ça fait mal je préfère le savoir tout de suite. Ça me rend folle ! » dit Mariza. « Moi j’ai mis 100 point pour la valeur égalité Homme-Femme, car je me rends compte que ça n’est pas encore le cas. Par exemple, les hommes devraient avoir un congé de paternité égal à celui des femmes » dit une autre élève. « Moi j’ai mis beaucoup de point à la liberté. Pour moi c’est fondamental car on ne devrait pas m’imposer des choses que je ne veux pas faire » dit Hervé. « Et si c’est le cas ? » demande Christopher. « Et bien je le fais quand même ! » répond Hervé. « Et bien bravo ! » répond sa professeure le sourire aux lèvres !

Très concentrée et feutre à la main, Eva s’applique sur son tableau de Mondrian.

Du recul pour aller de l’avant

Entre rires et partages, les conclusions de Christopher cherchent à mettre en lumière que notre manière de penser est structurée par tout un environnement qui nous influence depuis notre enfance. Cet environnement, au sein d’un même pays ou d’une même ville, est parfois très différent : nous ne venons pas des mêmes familles, du même milieu social, du même quartier, de la même école et, parfois, de la même culture. Chaque tableau de Mondrian est différent et c’est ce qui fait que nous sommes uniques. Malgré ces différences, il faut cependant être conscient que de manière plus générale la société influence nos jugements et nos valeurs. Les Béninois vivent non seulement dans un environnement et une société très différents des nôtres et ajouté à cela , comme nous tous, ils ont leur propre classement personnel de valeurs.

Les élèves et les professeurs seront bel et bien confrontés à des situations où leurs valeurs et parfois leurs normes risquent d’être heurtés. Pour partir au Bénin, il est primordial d’en être conscient et de s’y préparer. Déconstruire des vérités qui nous paraissent universelles peut nous aider à comprendre l’autre dans toutes ses facettes avec un recul nécessaire et bénéfique. Ce qui est sûr, c’est qu’une rencontre qui se déroule dans l’écoute, le partage et la réflexion ne peut être qu’un immense enrichissement mutuel.

Bonne route à tou.te.s ! Que vos rencontres soient belles et réfléchies !

Pour clôturer la journée en beauté, les élèves ont participé à un jeu d’épreuves contre la montre inventé par Christopher. Un beau moment de collaboration!

Que pensez-vous de cet article?

Derniers Articles

Journalistes

Dernières Vidéos