Algérie : Un scrutin sur fond de crise économique

Algérie : Un scrutin sur fond de crise économique

Des législatives sans enjeu ont lieu ce jeudi et s’annoncent sans surprise.

Après une campagne terne boudée par les citoyens, le scrutin législatif de ce jeudi risque de battre un nouveau record d’abstention. Si la coalition gouvernementale, formée notamment par le Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique) de Djamel Ould Abbas, et le Rassemblement national démocratique (RND) d’Ahmed Ouyahia est donnée largement majoritaire, la campagne électorale a révélé l’emprise grandissante de l’islamisme sur la société. Des candidates voilées, au visage flouté “par pudeur”, ont fait leur apparition sur les affiches électorales. Du pain bénit pour les islamistes présumés “modérés” du Mouvement de la société pour la paix (MSP, d’Abderrazak Makri) qui ont déjà annoncé leur retour aux affaires après avoir tenté, en 2012, une cure d’opposition pour surfer sur la vague des “printemps arabes”.

Face à l’impasse politique du régime, une coordination hétéroclite d’opposition avait tenté, en juin 2014, de dessiner les contours d’une “transition démocratique”. Le temps d’une conférence très médiatique, des islamistes “modérés”, des démocrates minoritaires et d’anciens dignitaires du régime marginalisés par le président Bouteflika ont réussi à faire illusion. A défaut de défendre les libertés réprimées et de définir les règles de cohabitation dans une société plurielle, ils ont posé les conditions d’une élection régulière, en menaçant de boycotter le scrutin s’ils n’obtenaient pas de garanties.

Le fantôme du président

La coalition a volé en éclats. Cédant à l’appel des privilèges qu’offre le mandat de député, les différents partis ont fini par y aller en rangs dispersés, bien que le spectre de la fraude hante toujours les urnes.

Au-delà des calculs politiciens et des recompositions d’appareils, le pays est suspendu aux luttes d’influence dans le sérail pour la succession, annoncée depuis des années mais sans cesse différée, d’Abdelaziz Bouteflika. Agé de 83 ans et cloué sur un fauteuil roulant par un AVC depuis 2013, le président algérien a réussi à donner le change par des apparitions épisodiques, entre autres pour recevoir des chefs d’Etat et des personnalités étrangères. Depuis quelques mois, il a disparu des écrans, et son état s’est, semble-t-il, détérioré. Un signe qui ne trompe pas : Bernard Cazeneuve, le Premier ministre français en visite officielle à Alger en avril dernier, n’a pas eu droit à la photo souvenir. Avant lui, Angela Merkel, la chancelière allemande avait annulé son voyage à la dernière minute.

La colère gronde

Sur fond d’incertitude politique et de crise économique depuis la chute des cours du pétrole en 2015, les prix des produits de large consommation ne cessent de flamber, et les couches populaires tirent le diable par la queue. Lorsque le baril avait franchi la barre des 100 dollars au début des années 2000, le pouvoir dépensait sans calcul. Un programme ambitieux de construction de nouvelles cités a atténué la crise endémique du logement; les bidonvilles qui enlaidissaient les grandes métropoles, notamment Alger, sont en voie d’éradication.

Cette politique, en apparence sociale, n’est en fait qu’une feuille de vigne pour camoufler la corruption du régime, éclaboussé par des scandales gigognes de détournement de fonds publics. Comme “l’affaire Sonatrach”, la puissante compagnie pétrolière qui a défrayé la chronique en 2015 par l’implication de membres influents du sérail. Ou “l’affaire de l’autoroute est/ouest” qui a révélé des malversations de plusieurs millions de dollars. Mis en cause par l’instruction judiciaire, Chakib Khellil, alors ministre de l’Energie, et Amar Ghoul, ministre des Travaux publics continuent de jouir d’une imparable impunité.

Avec le temps des vaches maigres, le pouvoir est au pied du mur. Dans l’Algérie profonde, le mécontentement se manifeste déjà par le blocage de routes et la fermeture d’administrations par des citoyens en colère. On redoute alors un dérapage qui risque de plonger le pays dans l’instabilité et le chaos…

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