Mauritanie: le candidat anti-esclavage à la présidentielle de 2019 maintenu arbitrairement en prison

Mauritanie: le candidat anti-esclavage à la présidentielle de 2019 maintenu arbitrairement en prison

Par Marie-France Cros.

Invité récemment à Bruxelles par le groupe socialiste du Parlement européen, Ahmed Hamdi, co-fondateur de l’IRA (Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie, principal mouvement pour l’abolition de l’esclavage dans ce pays), a expliqué à La Libre Afrique.be les craintes de l’opinion anti-esclavagiste quant au sort de Biram Dah Abeid, 53 ans, candidat à la présidence en 2019. La République islamique de Mauritanie est le pays qui compte le plus grand nombre d’esclaves au monde; elle maintient un apartheid de facto.

Biram Dah Abeid,  fils d’un affranchi, est un avocat couronné de nombreux prix internationaux dont, en 2013, par le prestigieux prix des Droits de l’homme de l’Onu (comme Mandela) pour sa lutte contre l’esclavage. Les élections législatives, régionales et municipales du 1er septembre 2018 ont été affectées par sa quatrième incarcération (en 7 ans) puisqu’il a été emprisonné depuis août, ce qui l’a empêché de participer à la campagne électorale.

Bien que le gouvernement du président Mohamed Ould Abdel Aziz assure lutter contre l’esclavage et a adopté des lois en ce sens, il refuse depuis 2010 de reconnaître l’IRA (qui avait pourtant réuni toutes les obligations légales pour l’être) et n’applique ces lois qu’au compte-goutte et principalement contre des non-Mauritaniens. L’IRA a donc fusionné avec un parti reconnu, le Sawab, pour se présenter aux scrutins du 1er septembre.

Elu député quand même

Sawab est ainsi passé de un à trois députés: le président originel du parti, Abdeselami Horme; le président de l’IRA, Biram Dah Abeid et son vice-président, Coumba Daba Kane. Le parti a également gagné deux conseillers régionaux (il y a 15 régions, dont 3 à Nouakchott), tous deux issus de l’IRA, et six élus municipaux dans quatre communes de l’intérieur du pays, tous les six issus de l’IRA. Les conseils régionaux ont été créés après la suppression du sénat par le président Aziz, en 2017

Sawab est un parti peu connu jusqu’ici. Or, s’il ne récolte pas 1% des voix à l’élection, la loi dit qu’il n’est plus reconnu. Sawab a récolté 8% des voix cette fois, après avoir négocié un programme commun avec l’IRA, dont l’appui à Biram Dah Abeid à la présidentielle du printemps 2019.

L’empêcher de se présenter à la présidentielle

Le pouvoir veut-il empêcher ce dernier de se présenter à l’élection en le maintenant en détention? C’est la crainte de l’IRA, qui juge suspecte l’accusation portée pour obtenir son arrestation.

Selon le mouvement anti-esclavagiste, son président avait accordé une interview à un journaliste qui se présentait au nom de médias où l’interview n’a pas paru; en revanche, des morceaux de celle-ci sont apparus sur les réseaux sociaux, sous forme d’une vidéo où ces extraits étaient montés avec des interventions anciennes. « Biram l’a appelé pour lui dire que ce n’était pas sérieux. Des militants de l’IRA l’ont accusé sur les réseaux sociaux de travailler pour l’Etat. Alors le journaliste a accusé Biram de harcèlement et il a été arrêté avec une autre personne de l’IRA – mais qui n’a pas de carte de l’IRA et pas de contact avec la direction du mouvement, seulement avec quelques membres de celui-ci. Depuis le 7 août, le dossier est bloqué chez le juge d’instruction, rien n’a avancé et Biram est en prison. Nous craignons que les autorités essaient d’empêcher sa participation à la présidentielle », indique Ahmed Hamdi.

L’Union européenne exclut-elle l’IRA?

L’IRA a aussi une autre crainte: elle n’a pas été invitée, le 17 octobre dernier, à une rencontre organisée par l’Union européenne à Nouakchott avec 80 représentants de la société civile mauritanienne pour débattre d’une « feuille de route pour l’engagement de l’UE avec la société civile en Mauritanie ». L’IRA correspond pourtant à la définition européenne d’organisation de la société civile, fait valoir M. Hamdi. Le mouvement anti-esclavagisme s’inquiète de cette exclusion, alors que le Parlement européen a voté, le 17 décembre 2014, une résolution commune en faveur de Biram Dah Abeid et de son action.

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