Katumbi et Muyambo innocentés par les évêques congolais

Katumbi et Muyambo innocentés par les évêques congolais

Le rapport de la commission ad hoc de la Cenco sur  la décrispation politique (CEDP) a rendu son rapport au président Kabila le 29 mars dernier. Ses conclusions sur les deux cas emblématiques (Katumbi et Muyambo) « sont limpides »… Katumbi doit pouvoir rentrer en homme libre en RDC et Muyambo retrouver sa liberté.

« Katumbi doit pouvoir rentrer en homme libre en RDC et Muyambo doit retrouver sa liberté ». Telles sont les conclusions des évêques dans le dossier décrispation mis en place dans la foulée de la signature de l’accord de la Saint-Sylvestre en République démocratique du Congo.

(Découvrez les conclusions du rapport de la Cenco)

Rapport de la Commission ad hoc sur la décrispation politique (3)

« Le rapport complet fait plus de 500 pages », nous expliquait fin mars un évêque congolais. « Nous n’avons pas chômé. Nous avons rencontré toutes les personnes impliquées dans les dossiers à Lubumbashi, Kinshsa, Bruxelles et Paris et nos conclusions sont limpides. Elles sont désormais sur le bureau du président Kabila », poursuivait-il en espérant que « le président aura l’honnêteté de le lire et d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Nous avons condensé tout ce travail sur une trentaine de pages de conclusions. Ce n’est donc pas trop fastidieux à lire ».

Plus de 30 jours plus tard, le rapport et ses conclusions semblent dormir au chaud au palais présidentiel, mais La Libre Afrique, dans la foulée de l’Agence France Presse, a pu lire ce travail de… bénédictins mené par cette commission ad hoc de la Cenco sur  la décrispation politique (CEDP). Une commission présidée par l’évêque Mwanama, qui comprenait aussi les évêques Djomo, Nsielele, l’abbé Lopoke, maître Bakumba (avocat conseil de la Cenco) et Godefroid Manzala Ma Ngo (Procureur général Emérite).

Le même plaignant

Du 23 janvier au 28 février 2017, cette commission a rencontré les principaux acteurs de ces dossiers. Pour rappel Moïse Katumbi, l’ex-gouverneur du Katanga, devenu l’un des principaux adversaires politiques du clan Kabila, a été condamné à trois ans de prison dans un dossier de spoliation de bien immobilier alors que Jean-Claude Muyambo, ancien Bâtonnier de Lubumbashi, est en prison à Kinshasa pour abus de confiance dans des dossiers qui concerneraient la vente de plusieurs immeubles. A chaque fois, le plaignant est Emmnouil Alexandros Stoupis, ressortissant grec qui se présente comme un héritier floué dans ces différents dossiers.

La CEDP explique dans  son rapport qu’elle a rencontré le plaignant à Kinshasa qui « sème la totale confusion dans ses déclarations, tantôt il est cohéritier d’avec deux soeurs (…), tantôt il est lui-même le proriétaire des immeubles querellés (sans pouvoir jamais en amener la preuve) ».   Et les membres de la commission d’expliquer que, dans le cas du dossier Katumbi : « Cette bataille judiciaire devrait plutôt opposer M. Stoupis à la République démocratique du Congo et probablement à M. Katebe Katoto Raphaël, détenteur d’un titre immobilier historiquement retracé » sur le bien réclamé par M. Stoupis. De quoi embarrasser le demi-frère de Moïse Katumbi. Ce dernier vient en effet de rejoindre le « clan » qui a accepté de pactiser avec Kabila et espère recevoir un portefeuille ministériel dans le futur gouvernement congolais du Premier ministre Bruno Tshibala.

Acharnement

Plus loin dans le rapport, les évêques évoquent la thèse « de l’acharnement factuel et judiciaire sur la personne du cité Katumbi ». Allant même juqu’à écrire: « Pour la commission, la thèse de l’acharnement contre M. Moïse Katumbi Chapwe dans le seul but de l’empêcher de se faire élire n’est pas à négliger ». Et de poursuivre : « Cet acharnement se matérialise par toutes les influences politques, particulièrement du chef des services de renseignements exercées sur les juges et le ministère public… »

Les mêmes constatations sont de mise dans le dossier Muyambo. La CEDP s’interroge « sur les vraies raisons » de son arrestation et sur celles qui pourraient justifier que l’ex-Bâtonnier soit toujours détenu (depuis plus de 25 mois) malgré  les nombreuses irrégularités qui parsèment sa condamnation. Et les évêques s’interrogent encore sur les motifs qui peuvent expliquer le « refus particulier d’accorder au prévenu la possibilité de se faire intervenir chirurgicalement au pied gauche », ajoutant « il est inconcevable que la justice d’un Etat méconnaisse à un détenu le droit de se faire soigner ».

Mascarades

Dans leurs propositions au président de la Cenco, les membres de la CEDP n’hésitent pas : « Les deux procès ne sont que des mascarades. M. Moïse Katumbi est invité dans un procès pour un dossier qui ne le concerne ni de près ni de loin. M. Jean-Claude Muyambo voit un litige, du reste déjà réglé avec son client, se transformer en un procès politique qui ne dit pas son nom ».

Armés de ces conclusions, les évêques proposent donc que M. Muyambo soit mis « en liberté immédiate ». Pour M. Katumbi, ils proposent « le retrait immédiat du mandat de prise de corps, son retour en homme libre afin qu’il exerce ses droits civils et politiques. Le classement sans suite des poursuites pour recrutement des mercenaires américains et pour atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l’Etat… » Et de conclure, en appelant à ce que « la justice soit libérée de toute emprise extérieure », évoquant « l’acharnement », « l’immixtion politique » et les « pressions des services de renseignements ».

Si les conclusions ont le mérite de la clarté, le silence du président Kabila, dépositaire de ce rapport depuis plus d’un mois, démontre ou le dédain ou l’embarras face à un texte signé par des hommes d’Eglise qui accusent le dysfonctionnement de tous les services de la justice, mettant ainsi en cause, de facto, le ministre  de tutelle,  Alexis Thambwe Mwamba, cacique parmi les caciques du régime Kabila.

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