Gabon: la bataille pour le pouvoir a commencé

Gabon: la bataille pour le pouvoir a commencé

Par Marie-France Cros.

Alors que le président Ali Bongo est hospitalisé depuis trois semaines en Arabie saoudite, à la suite d’un subit problème de santé, les grandes manœuvres pour le pouvoir ont commencé à Libreville.

Malgré les tentatives de Libreville de minimiser la gravité de l’état de santé du président Ali Bongo, hospitalisé depuis trois semaines à Ryad après ce qui serait un AVC, un coup de force institutionnel de la présidente de la Cour constitutionnelle gabonaise, Marie-Madeleine Mborantsuo, tend à montrer que le chef d’État ne va pas bien.

Mme Mborantsuo a en effet décidé de… modifier la Constitution, charge dévolue aux parlementaires. Saisie par le Premier ministre, elle a en effet annoncé qu’en cas d’”indisponibilité temporaire” du Président, certaines des fonctions de celui-ci “peuvent être exercées, selon le cas, soit par le vice-président de la République, soit par le Premier ministre”. Et qui en décidera ? La Cour constitutionnelle.

C’est celle-ci qui est chargée, par la Constitution, de constater – ou non – la vacance du pouvoir, ouvrant ainsi la voie à une transition dirigée par la présidente du sénat. Or, celle-ci, Lucie Milebou-Aubusson, ne fait pas partie du même clan, au sein du pouvoir, que la présidente de la Cour constitutionnelle. On ne parle pas ici de politiques différentes, mais de groupes d’intérêts opposés, au sein de la grande famille Bongo.

Une affaire de famille

La présidente de la Cour constitutionnelle est en effet la mère de demi-frères du président Ali Bongo. La présidente du sénat, elle, serait la belle-mère du fils de Jean Ping – ex-beau-frère du Président hospitalisé et son rival malheureux à la présidentielle de 2016.

Au lieu d’appliquer la Constitution, Mme Mborantsuo a donc préféré remplacer le chef de l’État, ce que ne prévoit pas la Loi fondamentale. Le journal « L’Aube », qui plaidait pour qu’elle déclare la vacance du pouvoir, a été suspendu pour trois mois et son rédacteur en chef interdit d’exercer durant 6 mois par la Haute Autorité de la Communication, décision que cet organe n’est pas habilité à prendre.

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