Ouganda: la justice accélère ses audiences pour les victimes de viol

Ouganda: la justice accélère ses audiences pour les victimes de viol

En Ouganda, les tribunaux ont commencé à juger des centaines d’affaires de violence sexuelle restées au point mort, dont beaucoup de viols d’enfants, afin de désengorger la justice et répondre à des victimes qui attendent depuis trop longtemps.

En un mois, les juges de 13 tribunaux de six villes ont pour objectif de juger 700 affaires de violence sexuelle, crimes qui représentent plus de 60 % des crimes passibles de la peine capitale en Ouganda, selon Gadenya Paul Wolimbwa, juge de la Haute Cour, qui coordonne cette initiative.

« Les infractions de violence sexuelle et sexiste sont les infractions les plus courantes et les plus répandues en Ouganda et, d’après nos informations, seulement 10 pour cent de ces cas aboutissent devant les tribunaux « , a déclaré M. Wolimbwa.

Les registres officiels indiquent que plus de 211.000 cas de violence sexuelle ont été signalés en 2015-2016, tandis qu’un rapport du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) publié en août a révélé qu’une fille ougandaise sur trois était victime d’agression sexuelle.

Les séances spéciales des tribunaux ont débuté lundi dans le but d’entamer le traitement des plus de 6.000 dossiers de violence sexuelle en suspens dans le pays.

Wolimbwa espère que les audiences seront couronnées de succès, ouvrant la voie à la création d’une justice spécialisée pour les crimes sexuels. « Ce que nous envisageons, c’est d’avoir des tribunaux spéciaux permanents pour juger ces affaires « , a-t-il dit.

– fillette de 8 ans –

Lors de la première audience à Kampala, la capitale, des dizaines de suspects de sexe masculin ont été amenés au tribunal enchaînés deux par deux pour comparaître devant la juge Jane Frances Abodo.

Ces hommes représentaient un véritable échantillon de la société ougandaise, des jeunes chômeurs aux professeurs d’université d’âge moyen. Les victimes présumées étaient tout aussi diverses, allant d’une fillette de huit ans à une riche femme d’affaires.

Certaines des victimes avaient attendu jusqu’à sept ans avant de voir leurs agresseurs être jugés.

Rosemary Kyomugasho, une femme d’affaires de 38 ans, a déclaré que sa soeur avait été traumatisée après avoir été victime d’un vol puis d’un viol collectif.

« Nous allons devant les tribunaux depuis deux ans mais l’affaire est toujours reportée », a-t-elle dit.

Devant le tribunal, Chris Bakuneeta, ancien professeur à l’Université Makerere en Ouganda, a nié avoir agressé et violé une étudiante de 22 ans qui vivait dans son garage en 2016, avant que la juge Abodo ajourne son procès pour une semaine.

Plus tard, un autre accusé, Ivan Sewankambo, a plaidé coupable du viol d’une fillette de huit ans, également en 2016, et d’avoir menacé de l’étrangler si elle parlait.

« Vous êtes condamné sur votre propre reconnaissance de culpabilité « , a déclaré Mme Abodo, avant de passer rapidement à l’affaire suivante.

Pour le père de la jeune fille, Amon Bazale, 37 ans, cela a représenté un soulagement.

« Cela a été une longue épreuve depuis que nous avons entamé le processus judiciaire en mars 2016 « , a-t-il dit.

« Le viol a ébranlé ma fille. Elle se réveille parfois la nuit en criant :  » Papa ! Papa ! Il est ici ! »

« Je pense que les personnes qui profanent des enfants doivent être condamnées à mort », a ajouté M. Bazale, utilisant une tournure largement utilisée en Ouganda pour désigner le viol d’enfants.

– La justice longtemps retardée –

Alors que la loi ougandaise prévoit la peine de mort pour les violeurs condamnés par les tribunaux, les juges des sessions spéciales, qui sont soutenus par le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), prononceront des peines maximales de prison à vie.

Dans certains cas, il a fallu tellement de temps pour que les tribunaux se saisissent de l’affaire que les auteurs présumés sont morts entre-temps.

En Ouganda, « il est difficile de juger ces infractions devant les tribunaux ordinaires « , en partie à cause de la stigmatisation sociale dont sont victimes les victimes de viol – en particulier les enfants – et qui les décourage de témoigner, et en partie à cause du manque de fonds, estime M. Wolimbwa.

« Nous n’obtenons que 40 % du budget dont nous avons besoin et c’est à partir de là que nous décidons ce que nous devons faire et c’est pour cela que nous avons un arriéré » de cas en suspens, dit-il.

Les suspects, eux aussi, peuvent devenir victimes de la lenteur du système judiciaire ougandais. Alice Ssewagudde Nalongo, 56 ans, dont le fils a été accusé de viol en 2016 et est en prison depuis, a salué la tenue des sessions extraordinaires.

« C’est une bonne chose que le tribunal siège mais nous ne sommes pas heureux parce qu’il a été piégé et accusé à tort « , a-t-elle affirmé. « Comment peut-on passer deux ans en prison sans être jugé ? Si nous gagnons l’affaire, serons-nous dédommagés? », demande-t-il.

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