Nigeria: La santé du Président suscite l’inquiétude

Nigeria: La santé du Président suscite l’inquiétude

Pour la troisième semaine consécutive, le président Muhammadu Buhari n’a pas assisté au Conseil des ministres du Nigéria, ce mercredi, a indiqué l’AFP, selon laquelle c’est, une fois de plus, le vice-Président Yemi Osinbajo qui a présidé la réunion.

Mardi, des membres de la société civile nigériane avaient appelé publiquement le chef de l’Etat, âgé de 74 ans, à se mettre en congé du pouvoir, estimant que ses problèmes de santé ne lui permettent plus de diriger le pays.

Mais la question est explosive dans le plus peuplé des Etats africains (186 millions d’habitants), principal producteur de pétrole du continent avec l’Angola.

Deux mois à Londres

Le président Buhari était rentré le vendredi 10 mars de deux mois de « repos médical » à Londres, visiblement amaigri et fragile. Il avait semblé ne plus être en état d’imposer sa volonté à son entourage puisqu’après voir dit, lors de sa première réunion publique avec le gouvernement, qu’il laissait les rênes du pouvoir au vice-Président – qui avait assuré l’interim durant ses deux mois d’absence, avec les pleins pouvoirs – pour « continuer à se reposer », son entourage avait annoncé le contraire. Un de ses proches avait ainsi assuré que la déclaration du malade était « une blague » et un porte-parole de la Présidence avait affirmé sur Twitter que le chef de l’Etat formaliserait « son retrour au travail » le lundi suivant. Et ainsi était-il advenu.

Mais la fatigue du chef de l’Etat semble avoir le dernier mot. La semaine dernière, un porte-parole de la Présidence avait assuré que M. Buhari travaillait « depuis la maison ». Vendredi, il ne s’est pas rendu à la mosquée, contrairement à ses habitudes ni, samedi, au mariage d’un de ses petits-fils. Malgré un tweet, ce mardi soir, de Mme Buhari, assurant que l’état de santé de son présidentiel époux n’était « pas aussi grave que ça en a l’air », le parti du chef de l’Etat et des personnalités de la société civile s’inquiètent.

Alternance au pouvoir?

Légalement, si le chef de l’Etat ne peut assumer ses fonctions, c’est son vice-Président qui doit les assurer jusqu’à la présidentielle de février 2019. Or, Yemi Osinbajo est chrétien. Et une règle non écrite, destinée à diminuer les tensions qui règnent entre chrétiens et musulmans, veut qu’alternent au pouvoir un chef de l’Etat chrétien et un musulman, ayant chacun un vice-Président de l’autre religion.

Ce système avait bien fonctionné jusqu’à ce qu’en 2010, le président musulman Yar’Adua décède après que l’Etat eut caché ses problèmes de santé au public. Sa disparition avait amené son vice-Président chrétien, Goodluck Jonathan, à terminer son mandat. Et celui-ci avait, un an plus tard, remporté la primaire du parti PDP pour être son candidat à la Présidence aux élections de 2011. Sa victoire – contre Muhammadu Buhari, du parti APC – avait provoqué des émeutes de la part de musulmans estimant que la règle de l’alternance n’était pas respectée, un Président chrétien succédant à un Président chrétien; les partisans de Jonathan faisaient valoir qu’il n’avait pas presté un mandat complet et que ce n’était pas de sa faute.

Nouvelle colère musulmane lorsque Goodluck Jonathan annonça qu’il briguerait sa propre succession, en 2015. Mais son échec, face à M. Buhari, avait éteint le feu.

Brillant

L’état de santé du chef de l’Etat et l’impression que son entourage minimise le problème rappelle donc de pénibles souvenirs pour tous les Nigérians et ressemble à un nouveau coup du sort pour les musulmans. D’autant que le vice-Président Osinbajo s’est fait favorablement remarquer par son dynamisme, durant les deux mois où il était à la tête de l’Etat.

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