Katumbi, Bemba, Muzito, Matungulu : « Tout pour Fayulu »

Katumbi, Bemba, Muzito, Matungulu : « Tout pour Fayulu »

Septante-deux heures après la bombe lachée par Félix Tshisekedi suivi par Vital Kamerhe, les cinq candidats de la plateforme Lamuka ont répété leur attachement à la candidature de Martin Fayulu, leur détermination à se mobiliser pour leur candidat commun, ils ont rappelé le sens de leur combat, sans oublier de revenir sur le « scénario » de Genève.

Martin Fayulu est installé entre Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba, Adolphe Muzito et le représentant de Freddy Matungulu, déjà rentré à Kinshasa. Les cinq leaders de l’opposition font leur première sortie ensemble après la désignation de leur candidat commun, dimanche 11 novembre, à Genève. Une sortie justifiée évidemment par la double défection de Félix Tshisekedi et de Vital Kamerhe.

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Au programme de cette rencontre en petit comité, la lecture d’une déclaration politique qui rappelle les engagements de la plateforme Lamuka, sa détermination à participer à un scrutin démocratique, crédible et inclusif, à exiger la libération des prisonniers politiques, à rappeler le martyr de centaines de Congolais tombés pour la défense de leurs droits élementaires et à mobiliser le peuple congolais  dans un combat qui, selon ce texte, opposerait le peuple congolais tout entier au pouvoir de Joseph Kabila accusé de piller le pays depuis 20 ans, d’entretenir l’insécurité et de maintenir le peuple congolais dans une misère absolue. Lire ici, l’intégrale de la déclaration politique

La réponse à Tshisekedi et Kamerhe

Mais les cinq leaders de l’opposition sont aussi de sortie pour répondre aux déclaration de Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe qui ont justifié le retrait de leur signature par une forme « de complot » contre leur personne mené à Genève.

Jean-Pierre Bemba est le premier à se lancer. Sans se départir de son calme, il revient sur les étapes qui ont précédé le rendez-vous de Genève. « Nous avons négocié tous ensemble à Bruxelles, à Johannesbourg, à Pretoria. Nos représentants se sont vus quotidiennement à Kinshasa. Nous savions tous pourquoi nous nous rendions à Genève« , explique le « Chairman » qui se dit « étonné » par l’attitude de ces « deux hommes politiques ». Il poursuit en expliquant le mode de désignation du candidat unique. « La médiation a proposé que les quatre candidats qualifiés (NdlR : Matungulu, Fayulu, Tshisekedi et Kamerhe) trouvent un consensus sur le candidat. Cela n’a pas fonctionné, elle a donc proposé de passer au vote à deux tours (comme vous l’expliquait la Libre afrique dès le dimanche 11 novembre après l’annnce du verdict) ».

« Au premier tour, seuls Fayulu, Matungulu, Tshisekedi et Kamerhe avaient droit à un bulletin de vote sur lequel ils pouvaient inscrire deux noms, le leur et celui d’un autre candidat. Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe ont obtenu une voix, Freddy Matungulu et Martin Fayulu trois voix. Tout le monde a entendu Félix dire dura lex, sed lex. Vital a aussi accepté ce verdict. Moïse Katumbi a même proposé de déposer une motion  pour envisager de revoir ce mode de scrutin mais les deux candidats l’ont refusée. La règle était connue de tous. Au deuxième tour, les sept leaders se retrouvaient et avaient droit à une voix chacun pour départager les deux finalistes Matungulu et Fayulu. Verdict final : 3 voix pour Matungulu et 4 voix pour Fayulu. On a tous félicité Martin. On a tous signé la lettre de désignation. On l’a tous fait librement. On avait tous au préalable discuté de cet acte d’engagement. On était tous d’accord pour cette mention qui veut qu’en cas de trahison de sa signature le candidat se retire de la vie politique. Nous étions à la fondation Koffi Annan et quand nous sommes revenus à l’hôtel personne ne s’est plaint, pas une remarque, personne n’a dit qu’il n’avait pas le feu vert de sa base. Après tout ceci, je suis à tout le moins étonné quand j’entends parler de trucage », conclut Bemba.

Moïse Katumbi confirme ces propos. Il reconnaît qu’il a proposé le dépôt d’une motion après le premier tour. « Mon candidat, je ne le cache pas, c’était Félix. Nous avions signé un accord. J’étais donc déçu de ne pas le voir au deuxième tour. Mais il m’a dit que c’était le jeu démocratique et qu’il l’acceptait. Tous, ici, nous sommes témoins. »

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Bemba et Katumbi rappellent aussi l’engagement pris par tous les leaders de l’opposition lors du meeting du 29 septembre à Kinshasa. « Jean-Pierre et moi, nous sommes intervenus par Skype, rappelle Moïse Katumbi. « Il y avait au moins 100 000 personnes », insiste Bemba qui rappelle que tous les candidats se sont engagés ce jour-là à se ranger derrière le candidat unique.

Trahison(s)

Dans la déclaration politique lue par Martin Fayulu, les leaders de « Lamuka » (Réveillez-vous en lingale et en swahili) laissent la porte ouverte à un éventuel retour de Tshisekedi et Kamerhe. « On peut espérer qu’ils se resaisiront », lâchent plusieurs leaders. Bemba ne dit rien d’autre mais ne peut s’empêcher de lâcher : « ce n’est pas sérieux. C’est une trahison. Ils devraient avoir la décence d’arrêter la politique. »

La question fuse, y a-t-il une forme d’accord avec le pouvoir. Le malaise est palpable. Bemba, qui tient le micro, ne se défile pas. « C’est une question que beaucoup se posent », reconnaît-il. « Quand un parti refuse de signer une plainte contre le candidat du pouvoir qui utilise les moyens de l’Etat pour mener campagne, ce qui est absolument interdit, ça surprend. Quand un parti refuse de se joindre aux autres pour manifester pacifiquement, pour réclamer le retrait d’une machine à voter qui n’est pas prévue dans la loi électorale, ça surpend. Kinshasa est un village, on entend beaucoup de choses… « , avant de conclure : « Toute la population doit être derrière un seul candidat. Il est possible que certains fassent le jeu du pouvoir. Tout le monde à Genève a dit qu’il fallait être unis. Comment peuvent-ils espérer gagner en étant seuls? Ces candidatures sont celles de l’errance et de la perte. »

Campagne sur tout le territoire

Aujourd’hui, le constat de cette division de l’opposition pose aussi la question des moyens pour mener campagne dans un pays aussi grand. Les cinq rassurent, « nous serons présents partout. Nous avons les moyens de le faire ». « Jean-Pierre a déjà été candidat en 2006, on lui a d’ailleurs volé sa victoire, il sait ce que coûte une telle campagne. Nous étions prêts à nous engager dans ce combat, nous avions donc prévu des moyens que nous allons mettre au service de la candidature de Martin Fayulu », explique Moïse Katumbi, qui ajoute : « nous allons mené une campagne a l’américaine. Je demande à tous nos amis de nous rejoindre. »

Martin Fayulu rappellera encore que la machine à voter est hors-la-loi, que le fichier électoral est corrompu et que c’est une instance internationale qui a mis en exergue ce souci majeur. « Dans ces condictions, le pouvoir cherche à perpétrer un coup d’Etat en se moquant de la population. On ne peut pas l’accepter. Nous devons nous lever tous ensemble pour dire non ».

Adolphe Muzito, qui sera de retour le 21 novembre à Kinshasa en compagnie de Martin Fayulu, lui, insiste aussi sur l’arsenal prévu par la Kabilie pour confisquer le pouvoir du peuple. Il en appelle aussi à la communauté internationale. « La souveraineté n’appartient pas à Monsieur Nangaa et sa Ceni. La souveraineté du Congo appartient au peuple congolais. C’est lui qui s’est dressé en janvier 2015 pour dire non à la révision de la Constitution que voulait imposer Joseph Kabila. Il a prouvé qu’il pouvait infléchir la marche que voulait lui imposer le pouvoir, aujourd’hui, on dit à ce peuple qu’il ne peut accepter la machine à voter et la non révision du fichier électoral. »

Fayulu candidat unique, que vont faire l’Eglise et la communauté internationale ?

Martin Fayulu rappelle, lui, que « le peuple congolais doit exiger la tenue d’un vrai scrutin démocratique le 23 décembre prochain ».

« Si ce n’est pas le cas, prolonge Adolphe Muzito, on s’incrira dans un rapport de force entre le peuple et un pouvoir qui veut le priver de ses droits. L’article 64 de notre Constitution prévoit que le peuple peut se lever face notamment à un régime qui veut conserver le pouvoir par la force. Le 23 décembre, si nous n’avons pas de bonnes élections, le peuple prendra ses resposabilités ».

Le 23 novembre débutera officiellement la campagne électorale en République démocratique du Congo. Avant cette date, l’Eglise catholique devrait se positionner sur l’échiquier politique. Les évêques ont régulièrement affirmé qu’ils étaient en faveur d’une candidature unique de l’opposition, de qui apporter un autre soutien de taille à la candidature de Martin Fayulu.

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