Move with Africa: mieux comprendre la coopération au développement

Move with Africa: mieux comprendre la coopération au développement

Le collège technique Saint-Henri Mouscron partira avec l’ONG Lumière pour le Monde au Rwanda.

Ce mercredi-là, sur la route en venant de Bruxelles, l’hiver s’imposait avec lourdeur dans le ciel. De larges nuages gris et menaçants s’étiraient, obstruant les quelques rayons de lumière qui tentaient désespérément de se manifester.

Heureusement, les élèves et les professeurs du collège technique Saint-Henri de Mouscron avaient de quoi illuminer la journée grâce à l’ONG Lumière pour le Monde et son responsable Martin venu leur consacrer tout l’après-midi pour préparer leur voyage au Rwanda au Carnaval.

Grand, serein et charismatique, Martin démarre sans tarder. Les élèves sont divisés en quatre groupes munis chacun d’une grande feuille de papier blanche. Pour expliquer les consignes à suivre, Lisa, une élève, lit devant tout le monde une lettre fictive qu’elle a reçue de sa tante. Celle-ci a gagné au loto une somme de 300.000 euros et elle souhaite en faire don aux personnes vivant dans la précarité. Elle décide que c’est à sa petite-fille d’utiliser cet argent au mieux pour tenter de contrer les inégalités et de venir en aide aux plus démunis en Afrique.

Et à Martin de rebondir : « Vous avez dans les 15-20 minutes pour concrétiser des idées de projets afin de dépenser cette somme au mieux en tentant de contrer les injustices et les inégalités », poursuit-il.

Déconcertés, les élèves ne savent par où commencer. Mais peu à peu des idées émergent. « Il faudrait construire des hôpitaux, non ? » suggèrent certains élèves. S’ensuivent quelques minutes de réflexion et les 4 feuilles blanches finissent par se remplir petit à petit.

Un représentant par groupe présente ensuite devant la classe le fruit de la réflexion de ses congénères. On retrouve dans ces compte-rendu beaucoup de points communs : construire des écoles, creuser des puits, apporter des médicaments ou des vêtements, distribuer des vivres, etc.

Lorsque Sephora prend la parole pour exprimer les idées de son groupe en commençant par la construction d’hôpitaux, Martin réagit en disant : « Donc tu construis un hôpital et puis quoi ? C’est tout ? ». Alexandre prend alors la parole pour ajouter: « Mais non, il faut aussi former le personnel ». Bien vu Alexandre ! Construire simplement un hôpital, une école ou même une pharmacie sans personnel qualifié, à quoi cela servirait-il ?

« En fait, on ne sait pas quoi écrire parce que, concrètement, on ne sait rien de ce qui se passe là-bas. » dit une élève un peu perdue.
Bien sûr et en prendre conscience favorise le début d’une compréhension plus pertinente de notre monde et des relations nord/sud.

Les 5 volets de la coopération au développement

A quoi sert donc cet exercice ? A comprendre avec des exemples concrets les cinq grands volets de la coopération au développement. Le premier concerne tout ce qui touche à l’aide directe, l’aide d’urgence dont l’apport de nourriture, d’eau ou de quoi se protéger du froid après un tremblement de terre ou tout autre catastrophe naturelle. Le deuxième concerne la construction d’infrastructures telles des écoles ou des hôpitaux. Le troisième s’intitule « Renforcer les capacités », et donc former des personnes à des savoirs spécifiques : des professeurs, des ingénieurs, des docteurs, etc. Le quatrième est un volet axé sur le droit et plus généralement le plaidoyer. C’est là qu’on s’adresse directement aux gouvernements des pays concernés pour réclamer des autorisations, des droits, des changements, etc. Cela passe par la signature de pétitions, l’organisation de manifestations et encore bien d’autres moyens. Le dernier volet, enfin, nous concerne toutes et tous directement – élèves, professeurs, journalistes et responsables ONG- car c’est celui de l’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire. Il s’agit de toutes les formations qui tendent à nous sensibiliser au sentiment que nous sommes tous citoyens du monde. Que nos actions n’ont plus uniquement un impact local mais bien global car nous vivons dans un monde dans lequel nous sommes tous inter-liés et interdépendants.

Une relation égalitaire

Pour s’entraider mutuellement aujourd’hui, il est indispensable de bien cerner te de comprendre cette notion et de nous placer sur un même pied d’égalité à partir duquel nous pourrons construire, échanger et grandir ensemble. Martin nous résume en quelques mots le fonctionnement de la coopération au développement. Il nous explique qu’auparavant, l’occidental arrivait en Afrique persuadé d’avoir des solutions concrètes et efficaces pour résoudre les problèmes sans comprendre le pays dans lequel il arrivait, sans prendre en compte ses particularités et sa culture. Aujourd’hui le monde de la coopération tente de faire les choses différemment en travaillant majoritairement avec des partenaires locaux, comme nous l’explique Martin. « La population du pays concerné connaît bien mieux que nous les problèmes auxquels elle est confrontée » nous dit Martin. Actuellement le but de la coopération est de promouvoir la volonté de travailler ensemble dans une relation égalitaire.

Les moules de l’éducation et la culture

Après une petite pause, nous sommes répartis pour un atelier plus court et plus ludique. Martin reprend la parole et nous lit des situations de vie issues de différents pays d’Afrique. Il nous demande, à la lecture de ces textes, de noter simplement ce qui nous passe par la tête, nos impressions, nos émotions ou même nos jugements. « Deux hommes marchent devant vous dans les rues de Ouagadougou et se tiennent par la main », « Un homme de la douane rwandaise vous arrête et vous demande d’ouvrir vos valises sans raisons apparentes ». Voici quelques exemples des phrases lues aux élèves.

On remarque rapidement que chacun fonctionne avec ses schèmes de pensées. Qu’on le veuille ou non, nous avons grandi dans une certaine culture, avec une certaine éducation qui nous poussent à anticiper des situations de vie et à les analyser et qui ont créé, en arrière-plan, des pensées qui orientent nos jugements. Nous portons des lunettes qui interprètent les images que nous avons sous les yeux. Les verres de ces lunettes ne nous montrent pas tout car, comme c’est le propre de tout être humain, notre cerveau a tendance à vouloir simplifier l’information qu’il reçoit. En fonction de qui nous sommes c’est-à-dire de notre sexe, de nos parents, de notre classe sociale, de notre culture, de notre vécu et d’encore mille autres éléments, nous percevons et analysons les choses avec ce que Bourdieu appelle un « système de dispositions durables et transposables, structures structurées prédisposées à fonctionner comme structures structurantes ». Si vous vous intéressez à la sociologie, n’hésitez pas à aller creuser plus loin pour comprendre ce concept fondamental pour comprendre nos mécanismes de pensées.

Changeons de lunettes !

Il ressort ainsi que pour la plupart des phrases énoncées par Martin, les élèves, tout comme leurs professeurs, ont opéré des raccourcis. Et bien non, se donner la main entre hommes en Afrique ne signifie pas nécessairement qu’on est homosexuel. Cela fait partie des comportements amicaux, comme quand une femme donne la main à une autre femme en Belgique. Notre éducation et notre culture belge nous inculquent que se donner la main entre hommes peut être synonyme d’une relation amoureuse. On remarque à quel point cela impacte notre façon d’analyser le comportement des autres dans un pays où ce comportement ne revêt pas les mêmes significations.

Pour nous mettre dans les conditions optimales pour rencontrer quelqu’un, il faut pouvoir être capable de changer de regard, d’ôter ou de mettre temporairement de côté nos propres « lunettes » culturelles pour tenter de comprendre nos similarités et nos différences. Si nous n’arrivons jamais totalement à enlever ces lunettes qui font partie de notre identité, le simple fait d’être conscients de leur présence nous donne la possibilité de voyager et de rencontrer autrement, dans le respect des autres et de soi-même. Les préjugés, les stéréotypes sont des mécanismes humains spontanés, sur lesquels on se doit d’être vigilants car ils risquent de nous faire passer à côté de relations riches et profondes.

De belles prémisses de réflexion qui augurent de bien plus qu’un simple voyage au Rwanda.

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