Une sonate signée Emmanuel Dongala

Une sonate signée Emmanuel Dongala

L’écrivain congolais nous emmène au Siècle des lumières dans les pas d’un musicien prodige. Un récit d’apprentissage enjoué. Rencontre.

Tout ce que j’ai écrit jusqu’ici concernait l’Afrique – et particulièrement la corruption, la dictature, la pauvreté, les enfants soldats. J’ai donc voulu passer à autre chose. » Mission accomplie avec « La sonate à Bridgewater » dans lequel Emmanuel Dongala retrace, d’une plume enjouée, l’étonnant parcours de George Bridgewater. Lorsqu’il apprend que la célèbre « Sonate à Kreutzer » n’a pas été écrite pour Rodolphe Kreutzer, mais pour un jeune musicien mulâtre aujourd’hui oublié, l’auteur de « Photo de groupe au bord du fleuve » n’a qu’une envie : creuser cette révélation. Cinq années de recherches et de lecture seront nécessaires à l’écriture de ce roman, qui nous emmène à Paris, Londres et Vienne.

Le parcours de George Brigdewater est proprement extraordinaire. « A chaque étape de sa vie, il est protégé. Dès son arrivée à Paris en 1789, il éblouit tout le monde, ce qui lui permet de fréquenter les milieux aristocratiques. Quand il arrive en Angleterre, le prince Georges, qui n’est pas encore roi, le prend en affection. Puis il y a cette rencontre merveilleuse avec Beethoven. Le génie musical de Brigdewater lui ouvre toutes les portes. En cette fin de XVIII e , à Paris, les salons où se joue de la musique réunissent les savants, les hommes politiques, les musiciens, les élégants qui allaient à la cour pour être vus. On débat là de toutes les idées. C’est un monde en ébullition. » D’autant qu’un vent de liberté souffle sur le Vieux Continent : une révolution est en marche. « Cela se traduit aussi dans les orchestres où émerge le concept de virtuose. Et dans la danse : c’en est terminé du menuet et de la contredanse, la valse arrive, qui permet de virevolter avec sa cavalière. »

Ecrivain africain

Né au Congo en 1941, Emmanuel Dongala a vécu aux Etats-Unis après la guerre civile qui a déchiré son pays. Il le dit sans ambages : « Je suis un écrivain africain et je le revendique. Cela ne réduit en rien mon talent si j’en ai un. C’est ma position. Mes collègues écrivains africains préfèrent dire qu’ils sont écrivains. Pour moi, c’est un faux débat : j’ai vécu aux Etats-Unis où l’on se dit écrivain juif new-yorkais sans que cela pose problème ! » A propos de son engagement en tant qu’artiste, il explique : « Quand j’étais plus jeune, je me disais écrivain engagé, mais ce n’est plus le cas. Je dis à présent que je suis un écrivain qui regarde le monde et essaie de montrer ce qui se cache derrière les apparences. Je crois que j’ai un peu réussi. La littérature, le roman ne sont pas inutiles. Bien sûr le livre ne peut changer le monde, mais il peut mieux faire percevoir ce qu’on ne verrait pas sans lui. Quand je pense à quelque chose qui me bouleverse, je pense à un livre. Je suis un activiste social, j’écris des articles d’opinion, je signe des pétitions, mais pour moi le livre transcende ces petites activités quotidiennes. »

« La fascination artistique », rencontre avec Emmanuel Dongala, Jessica Nelson et Jean-Paul Delfino (samedi 11 mars à 17h, Grand-Place du Livre).

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