Le « Camarade Papa » de Gauz explore l’histoire tourmentée de la Côte d’Ivoire

Le « Camarade Papa » de Gauz explore l’histoire tourmentée de la Côte d’Ivoire

La voix singulière de Gauz, à la fois grave et profonde, va résonner au cœur de La Nuit des Écrivains diffusée ce mercredi entre 19h et 2h du matin sur La Première RTBF. Après le succès surprise de son premier roman Debout-payé qui s’était glissé dans le quotidien des vigiles principalement d’origine africaine veillant sur les magasins de luxe parisiens, Gauz est revenu à la rentrée avec Camarade Papa, formidable nouveau récit inscrit à hauteur d’hommes.

Le pluriel s’impose car on y suit deux personnages que tout, en apparence, oppose mais qui vont tous les deux vivre l’aventure de leur vie sur la même terre: Bassam, première capitale coloniale de la Côte d’Ivoire.

Le premier, Dabilly, fuit une carrière toute tracée en usine dans la France industrielle de 1880. Le second, fils unique d’un couple de communistes pratiquants, est envoyé en terre africaine pour y rencontrer ses grands-parents tandis que ses géniteurs se plongent à temps plein dans « la lutte finale ». On pourra faire connaissance avec ces deux chantres de l’Afrique au cours de l’émission radio animée pour la deuxième année consécutive par Pascal Claude (Dans quel monde on vit) et Myriam Leroy (Entrez sans frapper) sur La Première RTBF. Une jolie façon de conclure la journée de remise du Goncourt 2018.

Au coeur de la Côte d’Ivoire d’hier et d’aujourd’hui

Plus d’un siècle sépare les deux récits de voyage relatés dans Camarade Papa mais entre l’explorateur blanc et l’observateur noir, il y a plus d’un point commun et plus d’un lien qui se tissent à travers la terre et le sang. Ces deux regards extrêmement différents mais complémentaires sur la réalité coloniale (ou post-coloniale) font toute la richesse de ce roman aux voix uniques. A la fois facétieuses, sensibles et d’une grande lucidité.

Il suffit de deux phrases pour tomber sous le charme de l’apprenti révolutionnaire en culottes courtes, à l’intelligence aiguë, au vocabulaire et au phrasé inimitables qui offre une lecture saisissante du monde des adultes et de ses contradictions.
La séduction de Dabilly s’opère de manière plus progressive et presque insidieuse à mesure qu’il se fond dans son nouveau décor et tombe sous le charme d’une Afrique « inexplorée » où des « pionniers blancs » s’agitent à plus ou moins bon escient entre quête d’aventures et rêves de gloriole frelatée. On admire toutefois son point de vue détaché sur le bal des vanités importées. A travers ces deux personnages, Gauz interroge le rapport de la France à ses (ex)colonies…

Un livre foisonnant, créatif et drôle

S’il importe d’écouter ce que Gauz aura à dire dans l’émission de ce soir, La Nuit des Ecrivains, il faudra dès demain foncer sur son livre à l’écriture foisonnante et inventive, où il mêle le français de Dabilly, imagé et précieux, témoin du grand siècle des explorateurs, avec la langue géniale et contagieuse, fourmillant de néologismes savoureux et d’une propagande jubilatoire concoctée par le cerveau prolixe du camarade fiston.

Grâce à lui, Gauz célèbre la luxuriante langue de l’enfance, ses formidables trouvailles lexicales et ses télescopages grammaticaux. En résulte un véritable bonheur de lecture qui mêle deux récits profondément humains et vivants à un rappel historique utile et bienvenu. Car dans la tête de certains, le temps de la colonisation n’est pas si lointain… Le tout est porté par une langue magnifique charriant, dans un même élan, métaphores solaires, descriptions enlevées et dialogues d’une précision chirurgicale.

Avec Camarade Papa, Gauz nous offre deux récits pour le prix d’un: les deux versants d’une même Histoire. Celle d’hier, pleine de tumultes et de conquêtes. Celle d’aujourd’hui, sorte de lutte ininterrompue à hauteur d’apprenti révolutionnaire.


Camarade Papa
, Gauz,
Ed. Le Nouvel Attila, 255 pp., 19 €.

nb: Gauz est le nom de plume d’Armand Patrick Gbaka-Brédé, né à Abidjan, en Côte d’Ivoire.
On pourra entendre au cours de La Nuit des Ecrivains de nombreuses plumes et voix fortes de la Francophonie : Laurent Chalumeau (VNR chez Grasset), Laurent Demoulin (Robinson chez Gallimard), Sébastien Ministru (Apprendre à lire chez Grasset), Nathalie Quintane (Un œil en moins chez POL) et Lydie Salvayre (Pas pleurer au Seuil). Des performances d’Adeline Dieudonné, Isabelle Wéry et Scylla sont également annoncées.

Karin Tshidimba

Le rendez-vous est fixé de 19h à 2h en direct sur La Première et sur RTBF Auvio

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