Les tirailleurs sénégalais: un siècle dans l’armée française

Les tirailleurs sénégalais: un siècle dans l’armée française

Les tirailleurs sénégalais à la célèbre chéchia rouge, tombés par milliers lors de l’offensive d’avril 1917 du Chemin des Dames, étaient des soldats recrutés dans les anciens territoires français de l’Afrique subsaharienne.

Rien que le premier jour de la bataille, 1.400 d’entre eux sont morts, ce qui vaudra au Général Charles Mangin, commandant de la sixième armée, le surnom de « boucher des Noirs ». Au total, on estime qu’à peu près 6.000 ont péri dans cette bataille, dans l’Aisne.

Des monuments jumeaux rendant hommage aux tirailleurs sénégalais ont été inaugurés en 1924 à Bamako et à Reims, ville de la Marne qui fut défendue par ces soldats en 1918 et accueille mardi Emmanuel Macron, accompagné du président du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta. Détruite pendant la Seconde guerre mondiale, l’oeuvre originale a été remplacée en 2013 par une reproduction.

On recensa plus de 200.000 tirailleurs lors de la Première guerre mondiale, 150.000 pour la Seconde, 60.000 en Indochine, selon l’historien Julien Fargettas, auteur d’un ouvrage sur le sujet.

Ils ont intégré les rangs de l’armée française en 1857 (sur une initiative du gouverneur du Sénégal, Louis Faidherbe), jusqu’au début des années 1960.

Le premier contingent de « tirailleurs » (de « tir » et « ailleurs »), ainsi appelé par raillerie parce que ratant souvent leur cible, est composé d’engagés du territoire du Sénégal. Mais les régions ayant fourni les plus gros contingents correspondraient pour les pays actuels au Mali, au Burkina Faso et à la Guinée.

Ils ont participé à toutes les phases de la conquête coloniale en Afrique puis à celle de Madagascar, vers 1890, et à ce qu’on a appelé la « pacification » du Maroc, à partir de la fin du XIXe siècle.

Ils ont servi l’armée française dans ses pages les plus glorieuses : la libération de Toulon, le débarquement de Provence. Mais aussi dans des moments plus sombres, comme la répression du soulèvement du Constantinois en Algérie en mai 1945 ou la répression à Madagascar en 1947.

« Durant la seconde guerre mondiale, les Allemands choisissent de maintenir leurs prisonniers africains en France pour des questions de +pureté raciale+. Les tirailleurs ont donc été envoyés dans des fermes, des usines, des exploitations forestières, vivant quasiment au sein de la société française. Les habitants connaissent très peu les Noirs à l’époque. Ce fut une découverte mutuelle avec de très nombreuses amitiés, des liaisons, des mariages, des naissances », raconte Julien Fargettas.

A partir des années 2000, les Africains ont commencé à se réapproprier cette histoire et surtout à voir ces tirailleurs différemment de leurs aînés qui ont pu les considérer, aux indépendances, comme des collaborateurs de l’État colonial, explique M. Fargettas.

En décembre 2016, le président François Hollande s’était engagé à faciliter l’octroi de la nationalité française à ces hommes, pour réparer une « injustice ». Le 15 avril 2017, lors d’une première cérémonie à l’Elysée, 28 anciens tirailleurs nés dans les années 1930 ont ainsi été « réintégrés » dans la nationalité qu’ils avaient perdue à l’indépendance des colonies africaines.

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