En Centrafrique, la « variole du singe » continue de propager ses bubons

En Centrafrique, la « variole du singe » continue de propager ses bubons

« Il se pourrait que le monkeypox soit endémique dans cette zone », lance le Dr Patrick Karume en retirant ses bottes maculées de boue devant la base provisoire que Médecins sans frontières (MSF) a installé à Zomea Kaka, un village du sud-ouest de la Centrafrique.

Il préfère parler au conditionnel: cette maladie, aussi appelée « variole du singe » et identifiée pour la première fois en République démocratique du Congo en 1970, demeure largement méconnue par la science.

Avec son équipe, le médecin revient tout juste de Bagandou, accessible depuis Zomea Kaka après une trentaine de km de piste accidentée, dans la région de la Lobaye.

Là bas, des dizaines d’enfants présentent des éruptions cutanées, caractéristiques de cette maladie encore sans remède.

En mai, le virus du monkeypox, qui se propage en Afrique tropicale, est devenue une « menace de santé publique » en RCA, selon l’Institut Pasteur de Bangui.

Plusieurs foyers ont été découverts dans différentes parties du pays depuis 2013, et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît « une augmentation légère des cas », selon Augustin Diebert, conseiller à l’OMS.

Alors, après que trois cas de variole du singe eurent été découverts dans la zone de Zomea Kaka, l’ONG MSF a décidé d’envoyer une équipe d’urgence qui a déjà identifié et isolé deux familles de neuf personnes.

Huit d’entres elles vivent dans les chambres du centre de santé de la ville, autour desquelle une zone de quarantaine a été installée.

– « Zone rouge » –

Cette « zone rouge » comprend un bâtiment de quatre chambres et des latrines entourées par un grillage de chantier et on n’y entre qu’avec précaution: bottes en caoutchouc, combinaison jetable, gants en latex, charlotte, masque et lunettes de protection sont enfilés par le Dr Karume et ses assistants.

A quelques mètres, les malades, assis sur des bancs, terminent leur petit déjeuner. D’autres sont déjà retournés s’aliter, comme Marie, 5 ans et le visage encore marqué par l’infection. Elle et sa famille occupent une chambre de la zone rouge.

La maladie se propage en premier lieu dans le foyer familial.

Sur leurs corps abimés, la constellation de petits bubons translucides s’est muée en une myriade de croutes qui laissent voir, en se décollant, la peau dépigmentée. Un signe de guérison.

« Tu as encore mal? », demande le médecin à Marie. Elle secoue la tête de gauche à droite. Elle et les autres pourront bientôt sortir.

« C’est une maladie autolimitante (qui se guérit d’elle même). On traite seulement les symptômes », explique le Dr Karume. Avant, on pensait que c’était transmis par les singes, mais finalement ce sont plutôt les rongeurs. La transmission secondaire se fait par contact avec une personne atteinte ou par manipulation de ses liquides organiques », dont la salive.

– « Enrayer la transmission » –

Diplômé en épidémiologie, le médecin ne se contente pas de soigner ses malades.

Comme un détective, il tente de retracer leur parcours, dans les semaines qui ont précédé leur prise en charge, pour savoir avec qui ils ont été en contact, identifier d’autres cas suspects, enrayer la transmission, et pourquoi pas, en apprendre plus sur ce virus peu étudié dans la littérature scientifique.

« Ca c’est mon champion, mon miraculé », lance-t-il, le sourire débordant de son masque médical, devant un jeune garçon silencieux, qui ne présente aucun symptôme, contrairement au reste de sa famille, placée en quarantaine avec lui.

« S’il est positif au monkeypox, c’est qu’il bénéficie d’une sorte d’immunité », explique-t-il, fasciné, en lui prélevant un peu de sang qu’il compte envoyer à l’Institut Pasteur de la capitale pour analyse.

Non loin du centre de santé, Victor Manjon, coordonnateur adjoint de l’équipe, achève les derniers préparatifs avant l’expédition du jour: un aller-retour à Bagandou pour tenter de prélever des échantillons parmi les dizaines de cas suspects détectés la veille.

« Ca va danser », prévient le chauffeur, en lançant son 4×4 sur un semblant piste dévorée par la végétation foisonnante.

« Quand on arrive dans un village, si les habitants n’ont pas été prévenus, ils pensent en voyant les véhicules MSF qu’on vient pour répondre à Ebola », la fièvre hémorragique qui sévit en RDC voisine, explique-t-il, pour souligner l’importance des sensibilisations menées en amont.

En arrivant à Bagandou, les adultes semblent bien accueillir l’équipe: seuls quelques enfants s’éloignent, effrayés par le souvenir des piqûres d’une campagne de vaccination.

De retour à Bangui, les échantillons sanguins de Bagandou se révèleront négatifs, dont celui du « miraculé »: si la maladie semble circonscrite dans ces villages, ce n’est pas aujourd’hui qu’elle révélera ses secrets au Dr Karume.

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