Cameroun: Paul Biya, 85 ans dont 35 au pouvoir, et réélu pour sept ans

Cameroun: Paul Biya, 85 ans dont 35 au pouvoir, et réélu pour sept ans

Il a tout verrouillé pour assurer son maintien à la tête du pays, s’appuyant sur l’administration et sur un parti-Etat, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) qu’il a créé en 1985. Ses opposants l’accusent de vouloir mourir au pouvoir et il n’a jamais affiché une quelconque volonté à vouloir s’en passer.

Lundi, M. Biya, deuxième président à la plus longue longévité politique au monde, a été déclaré réélu à un septième mandat consécutif avec 71,28% des suffrages.

« Aujourd’hui, on ne peut pas imaginer qu’il existerait un scénario où M. Biya quitterait le pouvoir normalement, naturellement avant le terme de son mandat. Tant qu’il pourra solliciter des mandats, je ne vois pas ce qui l’empêcherait de le faire », analyse Stéphane Akoa, politogue camerounais, chercheur à la Fondation Paul Ango Ella.

La présidentielle du 7 octobre a eu lieu dans un climat de violence dans les régions anglophones où l’armée, présente en force, combat des groupes séparatistes, alors que le président a souligné la nécessité de « manier à la fois fermeté et dialogue ».

« Le Sphinx » comme on le surnomme au Cameroun en raison de son cynisme et de son goût du secret, est un chef effacé et absent qui contrôle pourtant tout.

Dans un récent ouvrage, Titus Edzoa, ex-proche collaborateur du président Biya, le décrit comme un chef enfermé « dans une bulle aseptisée, protégé par un petit clan complice, féroce et insatiable », qui « constitue un écran hermétique entre lui et le peuple ».

Ancien séminariste catholique et étudiant à Sciences-Po à Paris, il se rend rarement à l’intérieur de son pays, mais régulièrement en Suisse. Fin septembre, il est allé lancer officiellement sa campagne à Maroua (nord), seul déplacement de sa campagne.

Les bains de foule auxquels il s’adonnait à coeur joie au début de sa présidence sont un lointain souvenir. La tentative de coup d’Etat de 1984 à laquelle il a dû faire face, deux ans seulement après son accession au pouvoir, semble l’avoir traumatisé.

« Les événements de 1984 ont changé sa façon d’être. Avant, il sortait dans Yaoundé, il était proche des gens. Mais, imaginez, il est resté des dizaines d’heures dans le bunker, il y avait les traces de balles quand il est sorti. Ça marque », confie un responsable sécuritaire à Yaoundé.

Craint, « l’homme lion » comme il s’était fait appeler à la présidentielle de 1997, est adulé et même déifié par certains caciques de son régime. « Nous sommes tous des créatures ou des créations du président Paul Biya (…). Nous ne sommes que ses serviteurs, mieux, ses esclaves », affirmait en 2011 son ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo.

Il joue « de la violence et de la terreur, au gré de ses humeurs et des rumeurs, pour asservir ses collaborateurs et soumettre l’ensemble de la population », selon Titus Edzoa.

Paul Biya est le troisième d’une famille de neuf enfants. Catéchiste, son père avait balisé le chemin pour qu’il devienne prêtre, mais il avait, contre toute attente, quitté le séminaire pour le lycée.

Après le décès de sa première épouse, Jeanne Irène, Paul Biya a épousé en 1994 Chantal, de près de 40 ans plus jeune que lui, rendue célèbre par ses coiffures extravagantes et ses très hauts talons.

D’origine paysanne, le président possède une ferme avicole dans sa région natale du Sud, mais aussi des plantations d’ananas.​

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