Kivu : le café, toute une culture

Kivu : le café, toute une culture

L’art du café a fondamentalement évolué ces dernières années. Le café d’exception est devenu la règle. Les petits caféiculteurs du Kivu ont une carte à jouer.

L’ASBL Comequi soutient les petits caféiculteurs du Kivu  depuis 10 ans déjà. Dire que le temps du café ni tout à fait fort, ni même, parfois, tout à fait chaud, pire, tout droit sorti d’une thermos, est révolu serait prétentieux. Il n’empêche, sa part de marché a fortement diminué ces dernières années, quand les cafetières italiennes à étages, les machines à expresso domestiques, les Nespresso et autres Senseo ont déboulé dans les intérieurs des Belges, révolutionnant tout en popularisant l’art de boire du bon café chez soi.

Le café est devenu un produit gourmet. Sans toutefois que, sur le terrain, tous les producteurs de cafés aient senti le vent tourner et se soient adaptés.

Pour Michel Verwilghen (ex-Belgolaise), qui avait admiré la fabuleuse filière café des bords du lac Kivu dans les années 80, et que le hasard ramena sur ces terres lointaines vingt ans plus tard, ce fut un choc : les grandes plantations avaient survécu, mais les petits planteurs peinaient à vivoter. Or, le terrain était resté tout aussi propice à la culture de l’arabica : altitude, richesse du sol, température constante…

C’est ce regard porté sur un pan important de l’économie congolaise qui l’a incité à créer l’ASBL Comequi en 2008. Comequi pour commerce équitable, l’objectif étant d’apporter à la population des bords du lac Kivu pas tant une aide humanitaire qu’une aide au développement. « Car en augmentant ses revenus, elle retrouve sa dignité et peut décider à quoi les allouer », explique Thierry Beauvois, managing partner de Treetop, mais, dans le cas présent, administrateur bénévole de Comequi. « Bénévole frais compris, comme la vingtaine de passionnés acteurs de l’association », aime-t-il rappeler.

Une deuxième coopérative

« S’il est bien planté, cultivé, récolté, traité et usiné, ce café cerise du Kivu peut devenir haut de gamme, ajoute Thierry Beauvois. Il y a là un marché, en pleine croissance d’ailleurs, que les petits planteurs ne peuvent rater. Comequi leur offre son aide, de la formation à la commercialisation, en passant par l’aide à la récolte et le traitement au sein d’une coopérative ad hoc. » Sopacdi, une première coopérative soutenue par Comequi en 2008 (6 500 coopérateurs, près de 600 tonnes de café vert produit en 2016) est désormais autonome. Une deuxième a été initiée en 2013, Amka, dont l’utilité est déjà visible sur le terrain. « Car ce n’est vraiment pas simple d’être caféiculteur, et encore moins de faire des récoltes de qualité », convient-il. Et de pointer la patience (un plant ne produit qu’au terme de trois ans), la rudesse (la récolte est essentiellement faite par les femmes, qui portent des charges de 50 kg), la rapidité (12 heures maximum entre récolte et lavage pour une catégorie de grain élevée), la rigueur (notamment dans le tri des grains lors des trois semaines de séchage), etc.

Succès social et humain à la clé (voir ci contre), mais surtout économique. « L’an dernier, Amka a produit et vendu cinq containers de café, soit 85 tonnes, représentant une rentrée de 400 000 dollars, note Thierry Beauvois. Pour chaque kilo, les caféiculteurs coopérateurs ont reçu un montant fixe de 200 francs congolais à la fin de la saison et un complément de 37 francs après la vente. Un prix supérieur à celui des autres coopératives de la région et, surtout, cinq fois plus élevé que s’ils avaient vendu le café cerise au bord de leur champ. »

Moins de 5 hectares en moyenne

On a commencé en achetant des tables de séchage et des semences de plants de café pour régénérer les petites plantations, se souvient Thierry Beauvois. Il y a trois ans, on a lancé la construction d’une station de lavage et les bases d’une nouvelle coopérative de producteurs. » C’est qu’en 10 ans d’existence, l’ASBL Comequi a vu ses moyens annuels décupler, passant de quelque 15 000 à 25 000 euros les premières années, jusqu’à plus de 250 000, voire 300 000 euros l’an dernier. Sans pour autant modifier fondamentalement la formule : tout part encore et toujours de l’énergie et de l’imagination de bénévoles qui, à force d’événements (dîners, soirées, épreuves sportives…) et d’opérations (ventes de cartes de vœux, de champagne…), sont parvenus à créer un vaste réseau de donateurs.

Jardins potagers scolaires

De quoi toujours mieux répondre à son objectif originel de redorer la filière café des bords du lac Kivu, plus précisément sur les rives congolaises, entre Goma et Bukavu. Mais également d’élargir son faisceau d’activités. « Sans toutefois s’éloigner du café qui est la deuxième matière traitée au monde après le pétrole, sourit Thierry Beauvois. Sur place, Comequi emploie une quinzaine de personnes, dont deux ingénieurs agronomes. Il y a du suivi agricole à faire, de l’administratif aussi, et du commercial (négociation, recherche d’acheteurs…). Mais – et je dirais même, surtout – beaucoup d’éducation. Education à la plantation, à la culture et à la récolte du café. Education au bio. Education agricole à l’école (jardins potagers scolaires, programmes pour les enseignants). Education à l’organisation en coopérative, pour que chacun ait et ose prendre sa place et, surtout, profite de la dynamique de groupe. » Car les coopérateurs ont souvent moins de 5 hectares de terrain, voire deux ou trois ares seulement. Pour davantage se positionner comme égaux face aux gigantesques propriétés de plusieurs centaines d’hectares, ils doivent se regrouper.

« On encadre les activités liées au café, mais sans s’y enfermer, ajoute-t-il. L’important est qu’elles soient génératrices de revenus. » Comme cette école de couture, par exemple, ou cette aide au développement de l’apiculture. « Car une ruche bien gérée produit 10 fois plus qu’une qui ne l’est pas. Un plus pour les plantations de café qui sont pollinisées. » Ou ces champs communautaires, labourés par le tracteur de Comequi, cette bibliothèque, riche de 14 000 ouvrages scolaires ou assimilés, cette salle de cinéma qui permet, à ses heures… creuses, de former les gens sur grand écran.

En pratique : Bike for Comequi

A vélo ou à pied. Soutenir Comequi, c’est acheter son café fairtrade/bio, faire un don, être présent aux différents événements organisés par les bénévoles… Mais aussi, cette année, parrainer une des 20 équipes de cyclistes qui, fin mai début juin, arpenteront les bords du lac Kivu aux nombreux dénivelés. Objectif : arriver à récolter suffisamment de fonds pour monter une nouvelle usine de lavage de grains de café, lancer une académie du café et améliorer les moyens d’acheminement du café cerise. Pour l’heure, le cap des 170 000 euros est passé. Point de compétition sportive, mais une entrée en contact douce (à vélo ou à pied) avec une région (entre Bukavu et Goma, sur la rive congolaise du lac Kivu), une population, une production. Une arrivée en force néanmoins puisqu’ils seront près d’une centaine. Parmi lesquels, Jacques Borlée et son frère Marc, Olivier Legrain et Pierre Mottet (IBA), Philippe Masset (Degroof-Petercam), Philippe le Hodey (IPM).

Comment aider Comequi ?

Dons : par virement sur le compte de l’ASBL Comequi (Iban BE51 7795 9695 0562) ou en proposant Comequi comme bénéficiaire
lors d’un événement familial, mariage, naissance, anniversaire.

Achat de café : en ligne via le site www.cafecomequi.com, dans les quelques points de distribution (Ephec, Van Ingelgem&Fils, My Prod SA…) ou en achetant du Café Liégeois labellisé Comequi.

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