Congo: Vers le retour de la guerre au Kivu ?

Congo: Vers le retour de la guerre au Kivu ?

Des informations de plus en plus alarmistes nous proviennent du Kivu – où ont commencé les deux dernières guerres congolaises.

En effet, alors que le régime Kabila n’a jamais mis fin aux violences de groupes armés dans cette région de l’Est du Congo, ni avancé dans la résolution des problèmes de terre qui y entretiennent les conflits, les deux ethnies les plus nombreuses du Nord-Kivu – les Hutus et les Nandes – sont à couteaux tirés.

La peur d’un « Hutuland »

« Depuis environ deux ans, les Hutus achètent des terres en masse au Kivu (Est, à la frontière rwandaise) et jusqu’en Ituri » (Nord-Est du pays, à la frontière ougandaise), nous dit un membre d’une des petites ethnies locales. « A Goma, on dit que ce sont de grands commerçants hutus qui fournissent les capitaux et qu’ils achètent aussi au Sud-Kivu. Cela crée la peur de les voir dominer. »

S’il y a toujours eu des Hutus congolais au Kivu, le nombre des ressortissants de cette ethnie s’est considérablement accru avec la fuite au Kivu de 2 millions de Hutus rwandais, en 1994, lors de la défaite du régime génocidaire hutu face à l’armée du Front patriotique rwandais (FPR, dominé par les Tutsis), au pouvoir à Kigali aujourd’hui.

Selon notre interlocuteur kivutien, « certains pensent même que le Rwanda pourrait être derrière ces achats massifs de terres, afin de créer au Kivu un ‘Hutuland’, tandis que le Rwanda serait pour les Tutsis« .

Face à cette expansion territoriale en dehors des zones où les Hutus sont traditionnellement fortement présents – Rutshuru et Masisi – le chef de la « Barza intercommunautaire » (qui regroupe les communautés d’ »originaires« ), Fataki Luhindi, un Nande, a fait dernièrement une déclaration selon laquelle les Hutus arrivés depuis 1994 devraient accepter d’être identifiés pour recevoir l’usufruit de terres.

Comme beaucoup de tribus africaines, les Nandes n’acceptent pas la vente de terres à des non-membres d’ethnies locales mais peuvent leur concéder l’usage de celles-ci.

Le « Petit Nord » face au « Grand Nord »

Devant cette menace de voir les achats de terres par des Hutus considérés comme nuls et non avenus, « les Hutus de Rutshuru ont exigé à leur tour l’identification des Nandes dans cette région« , poursuit notre Kivutien. « Les Nandes se considèrent comme les propriétaires du ‘Grand Nord’ du Nord-Kivu; les Hutus veulent posséder le ‘Petit Nord’. Chaque côté prépare ses milices. »

L’une d’elles, les Maï Maï Mazembe (nande) est accusée du massacre de Luhanga (Lubero), dans lequel une trentaine de civils, essentiellement hutus, ont péri. Les Hutus sont accusés de recourir aux FDLR (groupe armé issu des génocidaires rwandais).

A Goma, l’assemblée provinciale, majoritairement nande, a éjecté son président, un Hutu comme le voulait le partage des postes qui avait été décidé par les deux grandes ethnies du temps de leur entente. « Tous les ingrédients sont là pour une nouvelle guerre« , craint notre interlocuteur.

Le retour d’anciens combattants

Une autre source, à Kinshasa, confirme « d’importants déplacements de populations vers le Grand Nord » nande, qu’elle attribue, elle, à l’insécurité.

A cela s’ajoute le renvoi des bases militaires de Kitona et Kamina (Ouest du Congo) « d’anciens combattants, majoritairement hutus, que le programme national de désarmement DDR-3 abandonne à Goma sans leur fournir aucun moyen financier. Cela les pousse, évidemment, à rejoindre des groupes armés ».

Un cocktail explosif alors que le gouvernement de Kinshasa ne paie pas certaines de ses troupes supposées ramener l’ordre. Ainsi à Beni (Grand Nord-Kivu), « des dizaines de policiers quittent clandestinement leurs postes depuis quelques semaines« , indique l’agence de presse congolaise APA, en raison du « non-paiement de leur solde« , pour aller à Goma. Certains policiers de la Légion nationale d’intervention déployés depuis trois ans à Beni n’ont pas été payés depuis un an, ajoute APA.

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