Kinshasa Makambo: manifeste de lutte en attendant les élections en RDC

Kinshasa Makambo: manifeste de lutte en attendant les élections en RDC

Galvanisés par les «printemps» tunisien, sénégalais, burkinabé et soutenus financièrement par la diaspora* de jeunes Congolais ont échafaudé clandestinement un réseau d’information et de formation à l’activisme politique.

Dans son nouveau film présenté au Fiff, Dieudo Hamadi suit trois de ces jeunes activistes congolais, Christian, Ben et Jean-Marie. Entre lutte et impuissance, entre prison et exil forcé, ils se démènent, s’interrogent et se battent pour l’alternance politique et la tenue délections libres, prévues initialement en décembre 2016, en République Démocratique du Congo. Un territoire extrêmement vaste et convoité, miné par la violence à ses frontières, où le Président Kabila s’accroche au pouvoir et prétend briguer un 3e mandat au mépris des textes de la Constitution. (Extrait vidéo ci-dessous)

« Au début, je voulais tout simplement filmer la première passation pacifique du pouvoir de l’histoire du pays, à travers les regards de jeunes activistes congolais. Je me suis vite rendu compte qu’il n’y aurait pas d’élection et que l’enjeu du film devait évoluer », explique Dieudo Hamadi dans le préambule de son film.

Dans ce pays soumis au règne de l’urgence et aux impératifs de la débrouille, la difficulté est de parvenir à canaliser la colère sourde de la population, lassée des injustices et tenaillée par les soucis quotidiens (nourriture, chômage, salaires, transports, santé).

Faut-il s’allier avec l’opposant historique et son puissant parti ? Le dialogue est-il encore possible ou doit-on se résoudre au soulèvement populaire et risquer un bain de sang ? C’est ce que tentent de déterminer les jeunes activistes de Filimbi ou de Quatrième voie. Au sein du groupe, les dissensions se cristallisent autour de l’opposant historique, Etienne Tshisekedi, qui hésite entre la voie du dialogue et la crainte du bain de sang. Tourné de fin 2015 à janvier 2017, Kinshasa Makambo permet de revivre ses heures clés de la lutte pour la démocratie au Congo. Un « casse-tête » (traduction de makambo) et un combat loin d’être terminés en RDC.

Des jeunes déterminés à bâtir leur avenir

Patrice Lumumba disait : «Un jour, l’histoire du Congo ne s’écrira plus à l’Onu, à Washington, à Paris ou à Bruxelles, mais dans les rues de Mbandaka, de Kinshasa, de Kisangani… Ce sera une histoire de gloire et de dignité » rappelle Dieudo Hamadi dans son film. Kinshasa Makambo raconte l’histoire de ces «héros ordinaires». En résulte un film courageux et mouvant sur un groupe de jeunes qui le sont tout autant. Résolus à ne pas rester assis les bras croisés, ils affrontent les hommes en armes, à mains nues, avec leurs masques à gaz de fortune. Ils sont prêts à risquer la prison malgré le manque cruel de relais et de poids pour faire entendre leur voix. Malgré le report des élections en 2016 et en 2017, ils restent mobilisés.

Fidèle à lui-même, Dieudo Hamadi reprend le flambeau porté par ses précédents opus Dames en attente, Tolérance zéro et, surtout, Atalaku sur les élections de 2011. Pour présenter Kinshasa Makambo, il a été fidèle au rendez-vous du Festival international du film francophone (Fiff) de Namur qui avait vu triompher l’année dernière son très beau film Maman Colonelle sur une femme exceptionnelle bien décidée à venir en aide aux femmes et aux enfants frappés par les guerres et les exactions répétées contre la population congolaise. Déjà sélectionné à Berlin et Sheffield, son nouveau film ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. Arte et la RTS (Télévision Suisse) sont également déjà sur les rangs pour le diffuser…


Qui est Dieudo Hamadi ?

Né à Kisangani en 1984, Dieudo Hamadi s’est formé au documentaire et au montage à partir de 2007 via divers ateliers de formation. Depuis, ses films courts ou longs ont marqué l’histoire de la cinématographie congolaise et internationale. Qu’il s’agisse de Dames en attente, de Tolérance zéro ou, plus récemment, d’Examen d’État et de Maman Colonelle, tous couronnés dans de nombreux festivals à travers le monde : Berlin, Paris, Toronto, Amsterdam, Carthage, San Diego,…

A travers tous ces films, son objectif reste le même : témoigner du quotidien d’une population en lutte pour sa survie et pour ses droits.

Karin Tshidimba

*en particulier l’organisation «Friends of the Congo» à Washington

Que pensez-vous de cet article?