Ghana: les milices qui menacent l’ordre

Ghana: les milices qui menacent l’ordre

Elles se croient tout permis à cause de leur dévouement aux principaux partis politiques.

 Ils se font connaître sous des noms aussi variés que “Delta Force”, “A Luta Boys”, “Pentagon”, “Al Quaeda”, “Al Jazeera”, “Kandahar Boys”, et seraient des milliers au Ghana. Aujourd’hui ils menacent les hommes politiques de ce pays et sa réputation de démocratie: les milices sont devenues un vrai problème dans l’ancienne colonie britannique.

Elles existent depuis les années 70 mais se sont surtout développées à partir des années 2000. Certaines pour pallier l’incapacité de la police à assurer la sécurité des quartiers populaires des grandes villes; elles sont alors chaudement applaudies par la population locale, ravie de voir diminuer l’insécurité, malgré les avertissements contre le risque de voir ces groupes de jeunes chômeurs se livrer eux-mêmes à des exactions, une fois établis dans un quartier ou une région. D’autres milices – au nombre de 16, selon le Centre pour la Paix Kofi Annan – se sont constituées comme force d’appoint pour des hommes politiques avant chaque élection, collant des affiches, mobilisant ou intimidant les électeurs en faveur de leur candidat; leurs membres attendent de celui-ci qu’une fois élu, il leur fournisse emploi et avantages.

Un tribunal attaqué

Le 6 avril dernier, la milice Delta Force a assailli un tribunal de Kumasi pour délivrer 13 de ses membres qui étaient jugés pour avoir attaqué, avec quelque 200 hommes, en mars, le Coordinateur de la Sécurité pour la région Ashanti, qui ne leur plaisait pas; la juge de Kumasi avait été molestée et une partie des locaux détruits. Delta Force est une milice du parti NPP, qui a gagné la présidentielle de décembre 2016.

Ce n’est que trois jours après l’attaque du tribunal que le nouveau chef de l’Etat, Nana Akufo-Addo, a réagi – assurant que le gouvernement travaillait à mettre fin aux exactions des milices. Le vice-président du NPP, Joe Donkor, a expliqué, quant à lui, que les miliciens cherchaient seulement une compensation pour leur inlassable travail en faveur du parti lors des élections de 2016.

Menaces

Un membre de Delta Force a indiqué dans une interview à la presse ghanéenne que la milice avait “travaillé durant huit ans” pour le NPP mais que “depuis la victoire” de ce dernier “le ministre de la Sécurité nationale n’a rien à faire de nous et veut que nous nous retirions”. Et de menacer, dans ces conditions, de “rejoindre le NDC”, parti des deux précédents chefs de l’Etat défait en décembre dernier, “et nous verrons ce qui arrivera en 2020”, lors de la prochaine présidentielle. Le NDC compte notamment déjà sur les milices “Azorka Boys” et “Bolga Bulldogs”.

En mars, un député NPP, Kennedy Agyapong, avait indiqué que, s’étant bien battus pour la victoire du parti, les membres des milices proches de celui-ci, Delta Force et Invisible Force, méritaient de se voir octroyer des emplois dans la Sécurité nationale. Il s’étaient engagé “personnellement” à leur trouver de tels emplois. Cela avait soulevé la colère du parti rival NDC, dont le secrétaire général adjoint, Koku Anyidoho, avait fustigé le “bas niveau” de formation des miliciens et le danger de “peindre la Sécurité nationale aux couleurs d’un parti”.

Impunité et contagion

Selon le Centre for African Democratic Affairs, les violences créées par les milices de parti au Ghana “ces quatre dernières années” n’ont donné lieu “ni à des arrestations, ni à des poursuites judiciaires”, ce qui a “enhardi” les miliciens “qui agissent maintenant en toute impunité même en présence de la Sécurité d’Etat”.

Le secrétaire général d’un troisième parti, le PNC, Mohammed Atik, a, quant à lui, averti que si les milices des deux principaux partis n’étaient pas démantelées, cela encouragerait les autres formations politiques à se doter de vigiles, eux aussi, afin de protéger leurs membres.

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