Guinée: HRW dénonce les dégâts causés par l’exploitation de la bauxite

Guinée: HRW dénonce les dégâts causés par l’exploitation de la bauxite

L’organisation Human Rights Watch (HRW) a dénoncé jeudi les conséquences néfastes sur l’environnement et les populations en Guinée de la « croissance fulgurante » de l’exploitation de la bauxite, principal minerai permettant la production d’aluminium.

La Guinée, qui détient les principales réserves mondiales de bauxite, en est le troisième exportateur international et le premier à destination de la Chine.

« L’exploitation minière a détruit les terres ancestrales, endommagé les sources d’eau et recouvert de poussière les maisons et les arbres », écrit Human Rights Watch dans un rapport de 165 pages (https://www.hrw.org/sites/default/files/report_pdf/guinea1018fr_web.pdf).

Le gouvernement guinéen « devrait prendre des mesures immédiates pour mieux réglementer » ces activités et « protéger les communautés », affirme l’ONG, après avoir interrogé plus de 300 personnes, dont des habitants du bassin minier de Boké (ouest), des fonctionnaires, des responsables de sociétés minières et des experts de la santé et de l’environnement.

Elle s’est en particulier intéressée aux deux plus grands producteurs de bauxite du pays, la Société minière de Boké (SMB), consortium lié au premier producteur mondial d’aluminium, China Hongqiao Group, et la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG), codétenue par les multinationales Alcoa et Rio Tinto.

« Des dizaines d’agriculteurs ont expliqué comment les sociétés minières profitent de l’absence de protection par le gouvernement des droits fonciers ruraux pour exploiter des terres ancestrales sans offrir aux communautés d’indemnisation leur permettant de compenser sur le long terme la valeur des terres perdues », explique HRW.

Dans des réponses jointes au rapport, la SMB et la CBG défendent en détail leurs politiques sociales et environnementales et leurs apports à l’économie nationale.

Les autorités constatent que les sociétés minières ne respectent pas toujours les mesures environnementales et sociales. « Mais ce n’est pas facile de fermer d’un trait ces sociétés », a expliqué le secrétaire général du ministère de l’Environnement, Seydou Barry Sidibé, cité par HRW, soulignant le « besoin d’emplois » pour la jeunesse.

« L’avenir de la Guinée ce n’est pas la bauxite, ce n’est pas les mines », a déclaré lors d’une interview la semaine dernière le président Alpha Condé, citant « l’agro-business » comme priorité.

Condé a aussi mis en avant des projets de transformation sur place de la bauxite en aluminium, soulignant toutefois les difficultés de l’approvisionnement en énergie et en charbon.

Malgré la richesse de son sous-sol, plus de la moitié de la population de Guinée vit sous le seuil de pauvreté, avec moins d’un euro par jour, selon l’ONU.

Le secteur minier représente 21% du Produit intérieur brut (PIB) et 90% des exportations du pays, a affirmé en juin le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana dans sa déclaration de politique générale.

Des émeutes éclatent régulièrement dans les bassins miniers, de nombreux habitants estimant pâtir de cette activité sans bénéficier de ses retombées.​

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