Soudan : les fonds européens bénéficient à une milice meurtrière

  • Dans Soudan
  • 28 avril 2017
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Soudan : les fonds européens bénéficient à une milice meurtrière

C’est le spécialiste de la résolution des conflits et du Soudan, son pays d’origine, Suliman Baldo, qui vient de rédiger pour l’ONG américaine Enough –  qui lutte contre les génocides et crimes contre l’humanité  – un rapport extrêmement embarrassant pour l’Union européenne. « Border Control from Hell” vise en particulier le “partenariat” entre Bruxelles et Khartoum en vue de freiner le flux de migrants africains vers l’Europe.

Bruxelles a prévu 40 millions d’euros pour plusieurs gouvernements d’Afrique du Nord et sahélienne, afin qu’ils entravent la migration massive d’Africains vers l’UE. Une partie est destinée au gouvernement islamiste du Soudan pour de l’équipement technique et des formations, afin d’accroître les capacités de divers organes de sécurité, notamment “un groupe paramilitaire, le Rapid Support Forces (RSF, Forces d’appui rapide) , devenu la première ‘force frontalière’”  du Soudan. L’aide consistera en un appui à la construction de deux camps de rétention des migrants mais aussi en caméras, scanners et serveurs électroniques pour enregistrer les migrants. Selon le rapport, “une bonne part de cette formation et de ces équipements” est aussi utilisable contre les citoyens soudanais.

D’ex-miliciens Janjawids

Les RSF ont été formées à partir des “milices Janjawid qui avaient mené la politique de contre-insurrection génocidaire du régime soudanais au Darfour à partir de 2003”. Ces milices arabes ont ensuite été placées (anticonstitutionnellement) sous le commandement opérationnel des services de sécurité (NISS) et utilisées – avec force crimes de guerre et contre l’humanité – dans la lutte contre des rébellions au Sud-Kordofan et dans l’Etat fédéré du Nil Bleu.

En 2013, la plus grande partie des Janjawids sont devenus les RSF, placées sous l’autorité de l’ex-numéro 2 des Janjawids, Hemmeti, afin de rogner les ailes du numéro 1, Musa Hilal – beau-père du président du Tchad Idriss Deby depuis 2012 – qui prenait trop d’indépendance par rapport au président El Béchir. En septembre 2013, les RSF ont été déployées contre des manifestations pacifiques condamnant la suppression de subventions aux produits de base; on a enregistré “plus de 170 morts”.

En 2015, dans le cadre de son partenariat avec l’UE pour contrôler la migration, Khartoum a fait des RSF sa première force chargée de patrouiller le long des frontières. Et, en janvier dernier, poursuit Baldo, cette force a été intégrée dans l’armée – mais avec un budget spécifique et sans obéir au chef de l’armée puisqu’elle est placée “sous le contrôle direct du président Omar El Béchir”. Selon le rapport, le total des budgets destinés au secteur de la défense et de la sécurité, au Soudan, atteint 75  % du budget 2017 – contre 6  % pour l’agriculture, l’industrie, la santé publique et l’éducation publique réunies.

Milices et chantage

Par ce partenariat, estime le rapport, l’UE non seulement renforce les RSF mais pourrait être accusée de souscrire au système d’“Etat de milices” qui inquiète jusqu’au sein de l’armée soudanaise, parce qu’il privilégie les allégeances tribales au lieu d’une armée nationale. En outre, l’UE se rend vulnérable au chantage : en octobre 2016, le chef des RSF, Hemmeti, a déclaré à l’agence de presse officielle “que l’engagement du Soudan dans les efforts contre le trafic d’êtres humains serait conditionné à la levée des sanctions” contre les responsables des violations des droits de l’homme les plus graves au Soudan. L’Union européenne, reconnaît le rapport, ne finance pas directement les RSF, mais son “partenariat” avec Khartoum pourrait quand même bénéficier à cette force criminelle et apparaître comme “encourageant l’utilisation, par le gouvernement soudanais, des RSF comme fer de lance de la mise en œuvre des objectifs politiques de l’UE”

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