Elections en RDC: le cahier des charges du monde des affaires

Elections en RDC: le cahier des charges du monde des affaires

Agriculture, électricité, routes, lutte anti-corruption, tarifs douaniers, fiscalité… Au-delà des débats pré-électoraux stériles, le monde des affaires a esquissé le portrait-robot du prochain président pour exploiter les immenses potentiels de la République démocratique du Congo.

« Il doit apprendre à gérer ce pays comme un business. Nous avons excellé dans la politique politicienne au lieu de faire une politique économique réaliste et productrice de richesse », a lancé l’investisseur Yves Kabongo lors d’un récent forum à trois mois des élections prévues le 23 décembre pour la succession du président Joseph Kabila.

Le prochain chef de l’Etat devra aussi « éviter les arrangements politiques, au profit de l’expertise », a insisté Alain Kahasha, directeur général de la filiale congolaise de l’opérateur Airtel.

Malgré des minerais en abondance, des terres hyper-fertiles, une population jeune et créative et une diaspora entreprenante, la RDC pointe parmi les pays les plus pauvres du monde en termes de revenu par habitant.

Le PIB de cet immense pays ne dépasse pas les 40 milliards de dollars, soit un revenu moyen par habitant de 457 dollars par an en 2017. Soit 1,25 dollar par jour.

« Il est temps de penser à l’après-âge d’or des mines », estime l’économiste Al Kitenge, responsable du cabinet conseil Task Force, un des participants au forum Makutano courant septembre.

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La rente minière (cobalt, cuivre, coltan, or….) a eu « un effet pervers sur tous les secteurs » alors que les mines n’offrent qu’un nombre limité d’emplois, reconnaît Yves Kabongo, qui a lui-même investi dans les mines, l’exploration pétrolière et l’hydro-électricité en RDC.

La RDC doit d’abord songer à son agriculture, qui peut employer et nourrir une grande partie des quelque 80 millions de Congolais, dont une bonne moitié à moins de 18 ans, répètent les opérateurs économiques.

Kabongo rappelle qu’il s’agit de rentabiliser plus de 80 millions d’hectares de terres arables. Actuellement, seuls 10% servent à l’activité agricole.

Ces terres n’ont même pas besoin d’engrais pour donner du riz, du maïs ou du manioc, répètent celles et ceux qui les cultivent des bords du lac Tanganyika jusqu’à Kinshasa, où une coopérative produit par exemple du riz à l’intérieur même de la capitale.

Et pourtant – autre paradoxe congolais -, l’Etat consacre plus d’un milliard de dollars à l’importation de produits agricoles. Et beaucoup de Congolais sont très loin de manger correctement trois fois par jour.

La priorité doit être « l’autosuffisance alimentaire », tranche Alain Kahasha, joint par l’AFP après le forum Makutano.

« Vous pouvez parler agriculture, mais si vous ne disposez pas d’infrastructures pour transformer et transporter ce qui est produit, ça ne servira à rien », poursuit M. Kahasha.

Les acteurs économiques poussent le prochain président à faire de la production et la distribution d’électricité sa deuxième priorité après l’agriculture.

La RDC, traversée sur 4.700 km par le fleuve Congo et ses affuents, n’exploite qu’une partie infime de son potentiel hydro-électrique estimé à 100.000 mégawatts.

Plusieurs centrales hydro-électriques et thermiques disséminées à travers le pays ne permettent d’alimenter que moins de 15% de la population, principalement dans des milieux urbains.

Le projet de méga-barrage Inga III (10.000 mégawatts) n’a pas avancé, malgré l’entrée en piste d’un consortium hispano-chinois. Un collectif de 40 ONG vient même de demander sa suspension, en regrettant l’ocapité qui entoure le projet.

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Le monde des affaires congolais en appelle aussi à la construction de routes pour la circulation des productions locales.

Des agriculteurs de l’Equateur (nord-ouest) ou du Kasaï (centre) qui viennent vendre leurs produits à Kinshasa doivent descendre le fleuve Congo pendant deux semaines sur des péniches hors d’âge.

« L’État congolais doit construire 90.000 km de route d’intérêt national et 150.000 km de desserte agricole », estime le député de la majorité Patrick Muyaya.

Le président Kabila avait mentionné « 27.877 km des réseaux routiers praticables dont 24.480 en terre et 3.400 revêtus » au chapitre de son bilan dans un discours devant le Congrès en juillet.

L’investisseur Yves Kabongo souhaite aussi « une réforme du système fiscal, un des plus complexes du continent » et « une fiscalité attractive », pour retenir les « investissements dans les zones rurales, les industries de pointe, la santé, l’éducation, la transformation ».

La lutte contre la corruption peut passer par des commissaires à l’éthique pour « plus de transparence », suggère M. Kabongo.

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