RDCongo: nouveau soupçon de tricherie électorale

RDCongo: nouveau soupçon de tricherie électorale

Par Marie-France Cros

Alors que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de République démocratique du Congo (RDC) a réceptionné mardi un premier lot de près de 18.000 isoloirs pour les élections du 23 décembre prochain, un nouveau soupçon surgit au sujet d’une possible tricherie.

C’est bien connu: on ne prête qu’aux riches. Après les fraudes électorales massives de 2011, qui ont maintenu le président Joseph Kabila au pouvoir – après un scrutin jugé par les observateurs « non crédible » – les Congolais surveillent de près la Commission nationale électorale indépendante (CENI). C’est celle de 2011, en effet, qui avait été le pilier de la fraude.

« Atténuer le risque » de tricherie

Le vice-président de celle-ci a réceptionné le 18 septembre 17.944 isoloirs où seront installées les machines à voter imposées par la Ceni bien qu’elles soient jugées illégales par l’opposition. En début de semaine, des experts britanniques de la Westminster Fondation for Democracy ont rendu leur rapport sur ces machines controversées, accusées par l’opposition d’être prévues pour organiser une tricherie électorale en faveur du candidat du pouvoir sortant, Emmanuel Ramazani Shadary, président du parti kabiliste PPRD.

Si les kabilistes présentent volontiers ce rapport comme « favorable » (« des experts britanniques donnent leur quittus », titrait lundi l’Avenir, kabiliste), la réalité est tout autre: les experts britanniques indiquent 15 modifications à apporter à l’utilisation annoncée de cette machine pour « atténuer le risque » de tricherie.

Alors que rien encore n’indique que la Ceni soit disposée à apporter ces modifications, un bon connaisseur des élections congolaises souligne, pour La Libre Afrique, un point passé jusqu’ici inaperçu.

Autant de fois qu’il veut

Le 24 décembre dernier, à la Noël, une modification a été apportée à l’article 58 de la loi organisant les élections. Jusque-là, le texte prévoyait qu' »aucun électeur ne peut porter assistance à plus d’un électeur » lors du vote. Cet alinéa a été supprimé.

En raison de la difficulté qu’éprouveront des millions de Congolais non familiarisés avec l’informatique pour voter avec la machine, ils auront besoin d’aide pour exprimer leur vote. Ce sera fait, dans l’isoloir, très probablement par des techniciens de la Ceni. Et pour autant d’électeurs qu’ils le voudront puisqu’il n’y a désormais plus de limite à cette aide.

Bien sûr, un papier imprimé confirmera le vote. Mais combien de ruraux et/ou d’analphabètes vont y réagir et oser protester si le vote imprimé n’est pas celui qu’ils avaient souhaité? Car protester signifiera une longue discussion, une annulation du vote contesté et un nouveau vote à émettre – alors que de longue files d’attente sont prévues devant les bureaux de vote.

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