Une protectrice des animaux blessée par balle au Kénya

Une protectrice des animaux blessée par balle au Kénya

La tension ne cesse de croître au centre du pays où les éleveurs sont à la recherche de terre pour faire paître leur bétail

La protectrice de la nature kényane Kuki Gallmann a été blessée par balle par des hommes armés qui lui ont tendu une embuscade dans le centre du Kenya, a-t-on appris dimanche de source proche de sa famille. Âgée de 73 ans, l’auteure d’origine italienne du livre à succès « Je rêvais de l’Afrique », adapté au cinéma en 2000 (avec l’actrice Kim Basinger dans le rôle principal), a fondé la réserve de Laikipia, un sanctuaire pour les animaux sauvages sur les contreforts du Mont Kenya, région en proie au braconnage et depuis des mois aux pillages et à une « guerre des pâturages » avec les éleveurs semi-nomades.
Selon son entourage, « la voiture de Kuki Gallmann est tombée dans une embuscade. Blessée à l’estomac, la conservationniste a été transportée par un hélicoptère militaire dans un hôpital de Naïobi, la capitale kénane, pour y être soignée ».
La police soupçonne des membres de l’ethnie Pokot d’avoir mené cette attaque, dont les circonstances restent floues, contre Mme Gallmann dans la réserve Laikipia Nature Conservancy.

La tension est vive dans les « conservancies » (réserves) du centre et du nord du Kenya, dont le tourisme constitue une source de revenus en déclin.

Dans cette région, les violences impliquant des éleveurs semi-nomades, dont les troupeaux sont durement affectés par la sécheresse qui sévit actuellement en Afrique de l’Est, se multiplient. Ces tensions, qui ont entraîné le déploiement de l’armée dans la vallée du Rift, ont déjà fait au moins 30 morts depuis décembre.
Guerre  des terres
Les éleveurs font de plus en plus paître leur bétail sur des terres privées non clôturées, une pratique ancienne qui rend la cohabitation avec les espèces sauvages pratiquement impossible aujourd’hui en raison de la forte augmentation des cheptels domestiques (voir article « La guerre des terre en Afrique » ci-dessous).
Dans le comté de Laikipia, ce sont plusieurs milliers d’éleveurs – certains armés de lances, d’autres d’armes automatiques – qui ont pénétré illégalement dans des ranchs et réserves privés à la recherche de pâtures pour leurs chèvres, vaches et moutons.
Un fermier britannique a été tué le 6 mars alors qu’il inspectait les dégâts causés dans son ranch par les éleveurs et leurs bêtes, alors que la réserve de Mme Gallmann avait déjà été visée le 29 mars, les assaillants y ayant pillé et brûlé des lodges.
Le mois dernier, des éleveurs avaient déjà incendié un lodge de luxe pour touristes à Laikipia après une opération militaire visant à rétablir l’ordre dans la région, quelques semaines après l’assassinat du propriétaire britannique d’un ranch qui organisait des safaris à cheval.
En janvier, le président kényan Uhuru Kenyatta a condamné publiquement les éleveurs qui « envahissent des terres » à Laikipia mais son appel n’a pas été entendu.
Selon certains parlementaires, les occupations de terres sont encouragées par des hommes politiques qui cherchent à obtenir les voix de certaines ethnies à quelques mois des élections législatives d’août.

Les raisons de ces invasions de terres sont complexes. Certains évoquent la sécheresse ou une augmentation de la taille des troupeaux. D’autres assurent que l’approche des élections générales prévues en août et des accaparements de terres à répétition ont attisé les tensions.

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