Congo-Brazzaville/RDC: rapprochement entre Bruxelles et Brazzaville – si près de Kinshasa

Congo-Brazzaville/RDC: rapprochement entre Bruxelles et Brazzaville – si près de Kinshasa

Par Marie-France Cros.

Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, a annoncé cette semaine la prochaine ouverture à Brazzaville d’un bureau diplomatique belge, à l’issue d’entretiens avec le président Denis Sassou Nguesso et avec son homologue congolais, Jean-Claude Gakosso.

L’ouverture d’un bureau diplomatique est une démarche qui relève des administrations, alors que l’ouverture d’une ambassade est un processus beaucoup plus lourd. C’est apparemment ce qui justifie ce choix, selon les informations recueillies par La Libre Afrique.be. Il est cependant clair que Bruxelles et Brazzaville sont en cours de rapprochement.

Ambassade fermée en 2015

En juillet dernier, les ministres des Affaires étrangères congolais, Jean-Claude Gakosso, et belge, Didier Reynders, avaient signé un memorandum d’entente en vue, selon Brazzaville, de renforcer et consolider les relations d’amitié et de coopération entre des deux pays. M. Reynders avait, lui, évoqué un « accord sur le renforcement des consultations bilatérales ». « Ce document permettra de multiplier les contacts politiques qui permettront d’aborder un certain nombre d’autres sujets, dont les relations économiques et les investissements que les entreprises belges entendent réaliser au Congo-Brazzaville ». Et des consultations politiques régulières étaient annoncées par la partie congolaise, notamment sur des questions d’actualité du continent africain.

C’est pourtant le même Didier Reynders qui avait décidé la fermeture de l’ambassade de Belgique à Brazzaville, en 2015, pour des raisons de « rationalisation du réseau diplomatique et consulaire ». Aujourd’hui, on laisse entendre aux Affaires étrangères belges que de nouvelles perspectives économiques et commerciales s’ouvrent dans le pays pétrolier voisin de notre ancienne colonie et qu’il est donc plus pratique d’avoir un bureau diplomatique à Brazzaville plutôt que de souvent y envoyer quelqu’un de Kinshasa, où l’ambassade belge a déjà beaucoup à faire.

Or la Belgique était en 2017 le troisième fournisseur du Congo-Brazzaville, avec 12% de ses importations, après la France (15%) et la Chine (14%), une place qu’elle occupait déjà en 2015, lors de la fermeture de l’ambassade belge à Brazzaville. Les observateurs s’interrogent donc sur ce qui a changé réellement entre 2015 et 2018.

La crise avec Kinshasa

La réponse la plus évidente est une aggravation des relations entre la Belgique et son ancienne colonie, la RDCongo. Ulcéré par l’insistance de la Belgique pour que le régime du président Joseph Kabila (hors mandat depuis 2016) respecte la Constitution et l’Accord de la Saint-Sylvestre signé sous l’égide de l’Eglise catholique congolaise – donc organise une élection présidentielle crédible avant fin 2018 – ce dernier a pris des mesures lorsque Bruxelles a annoncé une révision fondamentale de sa coopération avec Kinshasa.

RDC : les mesures « anti-belges » font souffrir surtout les Congolais

Ces mesures, voulues comme une marque d’hostilité envers la Belgique, ont principalement gêné les citoyens congolais: fermeture de l’agence de coopération belge en RDC; suppression de liaisons aériennes Bruxelles-Kinshasa; fermeture du consullat de Lubumbashi et de la Maison Schengen, administrée par la Belgique, qui délivrait des visas valables dans tout l’espace Schengen.

Située face à Kinshasa, sur l’autre rive du fleuve Congo, Brazzaville aurait joué « un rôle positif » dans cette crise. Si bien que certains analystes se demandent aujourd’hui si la décision d’établir sur son territoire un bureau diplomatique belge n’est pas – ou pas aussi – une façon de saluer des gestes qui auraient, depuis lors, été appréciés par Bruxelles.

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