RDC : lutter contre le traumatisme des jeunes filles victimes de la guerre

RDC : lutter contre le traumatisme des jeunes filles victimes de la guerre

 Par Esther Nsapu, correspondante dans l’Est de la RDC

 

Elles sont une dizaine de jeunes filles, toutes vêtues en blanc, pieds nus, serrant une corde blanche autour de leurs hanches. Leurs uniformes portent chacun deux drapeaux. L’un de la RDC sur le côté gauche et celui du Brésil à droite. Ici, le son du Birimbau (Instrument de musique traditionnelle) se fait entendre. Sur le rythme d’un tambour battu par deux personnes, plusieurs jeunes filles, accompagnées de quelques jeunes garçons, dansent le sourire aux lèvres, jambes en l’air et mains sur le sol. Au milieu d’un cercle, certains dansent pendant que d’autres applaudissent tout en chantant « Para naweee para nawee paranaaaa… ». C’est la capoeira. « Para naweee » est une chanson très appréciée par les jeunes de moins de 18 ans. Une chanson qui leur rappelle un film d’origine brésilienne.

 

Lancée à Goma il y a quelques années par l’Unicef, la « Capoeira pour la paix » est une initiative qui vise à permettre aux enfants anciennement associés aux forces et groupes armés de découvrir la pratique de la Capoeira en vue de les aider à se réinsérer dans leurs communautés. Cette initiative vise également  à permettre aux jeunes enfants vivant dans la rue d’apprendre gratuitement la danse.

 

Cette pratique est en train de se répandre dans certaines écoles et structures sanitaires qui encadrent des jeunes filles orphelines, notamment celles victimes de viol mais aussi d’autres filles victimes des affres des guerres. A Goma, certaines jeunes filles ont perdu espoir parce qu’elles ont été violées ou encore parce qu’elles ont perdu leurs parents et se retrouvent ainsi sans assistance. D’autres jeunes filles essayent coûte que coûte de se reconstruire et de reprendre une vie « normale » malgré leur jeune âge. 

 

Aujourd’hui, 110 filles suivent une thérapie dans laquelle la Capoeira a un rôle central à travers le programme « Espace Ami, Enfant et Jeune »  de l’hôpital Heal Africa de Goma.

 

Sarafina, 15 ans, fait partie de ces filles. « Avec ma famille, nous avons fui notre village à cause de la guerre. Je me rappelle encore comment j’ai perdu mon père, tué par des hommes armés pendant la nuit à Béni. Lorsque je me rappelle ces images, je deviens agressive et violente devant mes amis. Mais grâce à la danse qui m’occupe régulièrement, cela m’aide à calmer mes émotions ». Aujourd’hui, Sarafina a repris l’école, mais les souvenirs de ce qu’elle a vécu ne cesse de la hanter d’autant plus que le tueur de son père court toujours.

 

Pour Shabalea Jean Samambaia, point focal et responsable de la Capoeira à l’hôpital Heal Africa, « nous apprenons la Capoeira aux enfants pour diminuer la violence et l’agressivité. Ce sont des enfants qui ont subi des événements traumatiques et douloureux. Nous encadrons des enfants violés, ceux issus du viol, les enfants abandonnés, orphelins et ceux de la rue. C’est une thérapie que les enfants aiment beaucoup. Nous avons deux classes dont l’une comprend les enfants de 6  à 12 ans et l’autre des enfants de 13 à 17 ans ».

 

Stigmatisés, traumatisés par une enfance qui leur a été volée par des adultes sans scrupules, ces enfants s’investissent de tout leur cœur dans la capoeira pour essayer d’oublier la violence, exprimer leur colère et trouver leur place dans la société. 

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