Le piège de l’héritage de Mobutu

Le piège de l’héritage de Mobutu

L’avocat belge Geoffrey Van Runckelen est jugé à Bruxelles, avec le petit-neveu de Mobutu, pour avoir grugé des investisseurs japonais

Le ministère public a requis quatre ans de prison ferme ainsi qu’une peine de confiscation de plus de trois millions d’euros à l’encontre d’un avocat inscrit au barreau de Bruxelles, Me Geoffrey Van Runckelen, 43 ans, devant la 79e chambre correctionnelle. L’avocat, en cavale, est jugé pour des faits d’escroquerie, blanchiment, faux et usage de faux, association de malfaiteurs. Il n’était ni présent ni représenté. Selon l’enquête, il se trouverait au Burundi.

Me Van Runckelen est soupçonné d’avoir organisé, entre 2007 et 2011, une énorme escroquerie au préjudice d’investisseurs japonais qui espéraient naïvement monter un projet immobilier autour de la succession… de l’ancien dictateur congolais Mobutu Sese Seko.

Au début de ce dossier, un homme d’affaires japonais fait la rencontre d’un groupe de Congolais, dont un homme qui se fait passer pour un membre de la famille de Mobutu. Entre eux, une amitié se noue. Le projet est d’investir une partie du mythique héritage de l’ancien président du Zaïre. Les investisseurs japonais sont intéressés par une mise en commun pour envisager un projet pharaonique. Pour ce faire, un membre de l’équipe d’escrocs, faux CEO d’une société bidon, sous le nom inventé de Richard Leerinckx, met en rapport les Congolais et les Japonais avec un avocat belge : Geoffrey Van Runckelen. Celui-ci rédige les contrats. Si bien que personne ne voit l’entourloupe.

Le premier investisseur japonais se rend compte que personne ne met d’argent du côté congolais. Et le sien, une somme de 1,8 million d’euros, est englouti. Arrivé à ce point, l’homme d’affaires bidon, défendu par Me Pierre Himpler, affirme que l’investisseur japonais pigeonné a participé à l’escroquerie contre un autre client japonais! La partie civile nie farouchement, clamant que l’assertion est  “grotesque” et ne repose sur “aucune pièce”

Quoi qu’il  en soit, un autre investisseur, un richissime homme d’affaires originaire du Bahrein, tombe dans le même panneau. Il y perd la somme colossale de 2,8 millions d’euros. L’enquête a démontré que Me Van Runckelen aurait rédigé des faux fiscaux et de faux extraits de rôle afin de réclamer de l’argent à ses victimes déjà plumées ! Ce mercredi, les prévenus qui se sont présentés à l’audience, parmi lesquels un petit-neveu de Mobutu, ont déchargé leurs responsabilités sur Me Van Runckelen, affirmant que celui-ci était le véritable cerveau de l’arnaque.

Me Spreutels, avocat de M. Mobutu, a tancé la partie civile qui a fait “de manière péremptoire” de son client “le bénéficiaire et Me Van Runckelen le petit exécutant. C’est ce dernier qui a tout rédigé. Aujourd’hui, il est ailleurs et il sait très bien pourquoi !” Le tribunal rendra sa décision en juin. L’argent dérobé, lui, s’est volatilisé. Montant total : 4,6 million d’euros !

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