RDC : menaces, chantages et machines à voter pour imposer le dauphin

RDC : menaces, chantages et machines à voter pour imposer le dauphin

La candidature de Ramazani Shadary provoque bien des tensions dans la plupart des provinces de la RDC. De quoi justifier la détermination de la Ceni d’imposer la « machine à voter »?

A trois mois de l’élection présidentielle, la candidature d’Emmanuel Ramazani Shadary dont la base se résume à un mouchoir de poche dans le Maniema la plus petite province de la RDC, est loin d’être chose facile pour Joseph Kabila et ses partisans ! En dépit des raouts organisés à grand renfort d’images télévisées et de déclarations solennelles d’adoubement par les notables autoproclamés de la majorité présidentielle, FCC, le choix de l’heureux nominé ne convainc pas ou si peu.

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Frappé de sanctions par l’Union européenne pour son rôle dans les massacres perpétrés au Kasaï où l’on a dénombré plus de 80 fosses communes et des milliers de victimes, sans oublier l’assassinat de deux experts des Nations unies, Michael Sharp et Zaïda Catalan, l’ancien ministre de l’Intérieur et de la Sécurité porte sur son curriculum vitae les stigmates d’une guerre civile dont les traces sont trop profondes.

La Kasaï n’oublie pas

Les notables kasaïens de la MP rassemblés autour de She Okitundu, Lambert Mende et Adolphe Lumanu peinent à tenter d’imposer le choix présidentiel au sein de communautés profondément meurtries par les massacres perpétrés par les fameux Bana Moura à la solde du régime. Par ailleurs, le refus de Joseph Kabila de rapatrier la dépouille d’Etienne Tshisekedi alourdit le contentieux.

Même constat dans l’ex-Bandundu, où les invalidations des anciens Premiers ministres du Palu – Antoine Gizenga et son filleul Adolphe Muzito en rupture de ban avec le patriarche – ne sont pas acceptées par une population.

Tout récemment, la cérémonie organisée par les notables de l’Equateur n’a pas manqué de piquant. La grand-messe d’adoublement du candidat présidentiel a été dirigée par le Président du Sénat Léon Kengo entouré de son Vice-président Edouard Mokolo et d’une poignée de ministres récemment débauchés de l’opposition à l’image de José Makila et Jean Lucien Bussa. Un rassemblement qui a ravivé la colère des populations du Sud Ubangui qui refusent d’accepter l’invalidation de Jean-Pierre Bemba par la Ceni.

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Mais c’est au Katanga que le bât blesse pour Joseph Kabila et où les choses se corsent pour son protégé. La contestation et la colère provoquées par l’exclusion de Moïse Katumbi ne tarissent pas ! Bien au contraire ! Après avoir procédé à l’arrestation de plus de 70 partisans de l’ancien gouverneur lors de sa tentative avortée de franchir la frontière afin de déposer sa candidature, les autorités de Kinshasa font aujourd’hui face à une fronde généralisée.

Dans un premier temps, Josepha Kabila a cru bien faire en dépêchant à Lubumbashi la ministre du Portefeuille, Wivine Matipa Mumba afin de calmer les tensions. En choisissant la cousine de son ancien tout-puissant conseiller Augustin Katumba Mwanke disparu dans un accident d’avion en février 2012, le Président, hors mandat, a tenté d’apaiser la communauté des Babemba dont est issu Moïse Katumbi. Mal lui en prit car la ministre fut éconduite sans ménagement par la population en colère qui réclame le retour de l’ancien gouverneur.

Manière forte

Devant cet échec cinglant, le pouvoir a décidé d’agir par la force et la menace. En déployant la police pour interdire la tenue d’une réunion privée de Gabriel Kyungu wa Kumwanza, le président provincial d’Ensemble et Vice-président du G7, le pouvoir a décidé d’engager un nouveau bras-de-fer avec les partisans de Moïse Katumbi. La police a dû recourir aux tirs de sommation afin de disperser une foule hostile qui a décidé d’en découdre avec ceux qui veulent exclure leur candidat de la course à la présidentielle.

Le 29 août, ce ne sont pas moins que les trois gouverneurs de l’ex-province du Katanga qui ont fait le déplacement de Lubumbashi pour rejoindre leur collègue Pande et affronter la puissante Fondation Katangaise dirigée par Raphaël Mututa qui regroupe toutes les communautés du Katanga. Après avoir accusé tour à tour le Président de la Fondation Katangaise de collaborer, à Moba, avec une supposée milice financée par le député Christian Mwando (par ailleurs ancien ministre des Finances du gouverneur Katumbi), de défendre l’identité katangaise et le retour de Moïse Katumbi au pays pour y déposer sa candidature à l’élection présidentielle, les quatre gouverneurs en sont venus à décider le remplacement sans autre forme de procès de Raphaël Mututa afin de le faire taire et de mettre ainsi en sourdine les revendications des communautés katangaises. Cette décision ne fait qu’accroître la colère et l’irritation des notables du Katanga qui, avec l’emprisonnement Jean-Claude Muyambo et de dizaines de partisans de Moïse Katumbi, paient un lourd tribut aux choix du régime. Et pour ajouter à l’irritation générale, le Gouverneur du Haut Lomami s’est exclamé devant un auditoire stupéfait : « Si Moïse Katumbi lui demande pardon, Joseph Kabila reverra sa position ! ».

Depuis cette rencontre, les notables ne décolèrent pas ! Le programme des quatre gouverneurs prévoit qu’ils poursuivent leur mission de présentation de la candidature de Ramazani Shadary dans les autres chefs-lieux de province issus du démantèlement de l’ex-Katanga. Mais dans le contexte de colère et de frustration actuel, nombre de Katangais annoncent déjà la couleur : « pas question d’accepter le choix de Kabila ».

Le rejet général de Ramazani Shadary explique sans doute le besoin d’imposer la machine à votre.

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