RDC : les troubles s’étendent au Kasaï

RDC : les troubles s’étendent au Kasaï

Huit mois après sa mort, l’État rend les restes du chef Kamwina Nsapu à sa famille. Sans doute trop tard

Huit mois après sa mort, l’État rend les restes du chef Kamwina Nsapu à sa famille. Sans doute trop tard.La tentative d’autorités administratives locales, début 2016, de substituer un chef tribal de complaisance à celui désigné par la tradition, chez les Bajila-Kasanga, avait suscité la révolte dans cette tribu parmi les plus importantes du Grand Kasaï. Le vrai chef – au nom de règne Kamwina Nsapu – Jean-Pierre Pandi avait été tué lors d’un affrontement avec les forces de l’ordre en août 2016, son corps mutilé et profané, ce qui avait achevé de soulever de nombreux villageois de la région, lassés des exactions des forces de l’ordre et de l’abandon dans lequel les tiennent leurs élites.

Depuis lors, trois provinces sur les cinq qui forment le Grand Kasaï connaissent des attaques de localités par les rebelles, des affrontements meurtriers et des massacres (notamment celui de deux experts de l’Onu, une Suédoise et un Américain), dont une partie commis par les forces de l’ordre.

Dans une apparente tentative de ramener le calme, Kinshasa a remis samedi à la famille régnante des Bajila-Kasanga les restes de Jean-Pierre Pandi afin de lui donner des funérailles rituelles, ce qui a permis la désignation – rituelle, elle aussi – de son successeur, Jacques Kabeya Ntumba Mupala, qui sera le nouveau Kamwina Nsapu. La famille régnante attend sa reconnaissance par les autorités politiques – puisque les chefs tribaux, au Congo, se voient reconnaître un rôle administratif – et a appelé au retour à la paix.

Nettoyage ethnique

Cet effort, mené par Emmanuel Ramazani Shadari, le ministre de l’Intérieur du gouvernement sortant, ramènera-t-il le calme ? On peut en douter. Car en huit mois, la révolte contre l’État, ses forces de l’ordre et son administration, s’est répandue comme un incendie. Nouveau développement : depuis dix jours, par peur des groupes de rebelles, hâtivement nommés “les Kamwina Nsapu”, des ressortissants des ethnies tshokwé et pendé mènent, dans la région de Tshikapa, une politique de nettoyage ethnique (incendies de maisons et déplacements de populations) envers les lubaphones, parmi lesquels on trouve les Bajila-Kasanga.

D’ex-Kata Katanga et des rwandophones

Lundi, le chef de la police congolaise, Charles Bisengimana, a annoncé à Kananga le recrutement de policiers au Kasaï central “pour combler le vide créé par les désertions de policiers qui, selon lui, se sont transformés en miliciens Kamwina Nsapu”, rapportait mardi l’agence de presse APA. Selon les informations que La Libre Belgique a pu recueillir, parmi les militaires utilisés contre les insurgés figurent deux nouveaux régiments en cours de constitution. Ils sont formés à partir de l’ancien 812e, venu du Nord-Kivu – qui comptait beaucoup de rwandophones – mais aussi d’anciens membres de groupes armés démobilisés à Kitona et Kamina. Parmi ces derniers figurent d’ex-miliciens du Nord- et du Sud-Kivu ainsi que des Kata Katanga (sécessionnistes katangais) du sanglant Gédéon, aujourd’hui rallié à Joseph Kabila.

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