Le trafic de cornes de rhincéros s’intensifie

Le trafic de cornes de rhincéros s’intensifie

En Afrique du Sud, la Cour constitutionnelle vient d’autoriser le commerce intérieur.

Depuis une dizaine d’années, le braconnage de rhinocéros s’intensifie. En 2016, plus d’un millier de mammifères ont été tués en Afrique du Sud, qui abrite près de 80 % de la population, soit trois par jour. En 2007, seuls 13 d’entre eux avaient été braconnés. Il reste quelque 20 000 individus dans le monde. Aujourd’hui, les organisations criminelles n’hésitent plus à voler dans les musées en plein jour, comme au musée des Sciences naturelles de Bruxelles où une tête avait été dérobée en 2011, ou même à massacrer les animaux dans des zoos. Le 6 mars dernier, la carcasse d’un rhinocéros blanc avait été retrouvée au petit matin dans son enclos, sans sa corne. Ce week-end, un autre rhinocéros a été tué dans le parc national de Chitwan au Népal. Pour protéger leurs animaux, des responsables de parcs zoologiques n’hésitent plus à raccourcir les cornes, une procédure indolore, comme au parc Pairi Daiza.  Les bouts de corne ont été brûlés vendredi (vidéo : <a href= »http://bit.ly/2oitJrw » title= »bit.ly »>http://bit.ly/2oitJrw)</a>.

Des vertus thérapeutiques infondées

Parée de multiples vertus thérapeutiques et aphrodisiaques en Asie, dont celles de guérir le cancer ou l’impuissance, la corne réduite en poudre est utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise. La demande provient essentiellement de Chine et du Vietnam mais d’autres pays comme le Laos, la Thaïlande et la Corée du Nord sont également impliqués dans ce commerce illégal lucratif : le kilo de poudre peut se vendre jusqu’à 60 000 dollars sur le marché noir, soit près de deux fois le prix de l’or. Le début de l’intensification des massacres coïncide avec un fait précis, en 2008, un membre du gouvernement vietnamien a affirmé être en rémission grâce à cette poudre. Or, la corne est composée de kératine, comme les ongles humains, ses vertus thérapeutiques n’ont jamais été prouvées scientifiquement. Ces croyances mais aussi l’essor d’une classe moyenne asiatique causent une croissance de la demande, explique Cédric Vermeulen, spécialiste de la gestion de la grande faune terrestre à l’Université de Liège. “Ces gens ont en tête des clichés de ce que peut représenter la vie bourgeoise. Il y a par exemple la nécessité de posséder un bouddha en ivoire ou des objets en corne.”

Le 5 avril, la Cour constitutionnelle sud-africaine a levé le moratoire sur le commerce intérieur de corne de rhinocéros, rejetant un appel du gouvernement. Les éleveurs estiment que l’interdiction ne fait qu’alimenter le braconnage et espèrent pouvoir à terme exporter leurs cornes. Une mauvaise idée selon Cédric Vermeulen : “Le bannissement du commerce d’ivoire avait permis de sauver l’éléphant mais sous la pression de plusieurs Etats africains, la Cites (une convention internationale de protection de la faune et de la flore, Ndlr) a autorisé des exportations légales dans les années 2000 et cela a créé un appel d’air. Dès qu’on met en place une filière légale, elle peut être imitée. Il y a déjà eu des cas de corruption et de faux permis.”

Pas de solution simple pour mettre fin au trafic

Pour le docteur Michael Knight, responsable du groupe de spécialistes sur les rhinocéros à l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) en Afrique du Sud, “ce commerce intérieur qui nécessite des permis légaux et des certificats ADN ne devrait pas permettre de blanchir des cornes obtenues illégalement”. Le point positif de cette démarche selon le spécialiste est l’identification de “la quantité de cornes aux mains des privés et de la demande”.

Les efforts conjugués de la Cites et des organismes de lutte contre les commerces illégaux comme Interpol devraient s’intensifier pour endiguer le 4e trafic après celui des armes, de la contrefaçon et des êtres humains. “Pour sauver le rhinocéros, il faut des prises de position fermes des Etats, avance Cédric Vermeulen, mais surtout d’immenses campagnes d’information en Asie. Tant que ces croyances se maintiendront, la demande ne faiblira pas.”  Michael Knight distingue deux approches, celle qui promeut l’interdiction de tout commerce de faune et celle qui affirme que les interdictions, comme pour la drogue, ne fonctionnent pas. “Ceux qui préconisent le commerce disent que cela entraînera un retour de fonds nécessaires pour conserver les rhinocéros. Si la valeur de la faune augmente pour les populations locales, elles mettront plus d’efforts pour la protéger et conserver cette ressource. Mais les anti-commerce affirment que la légalisation  augmentera la taille du marché et la pression sur la population de rhinocéros dans le cas où la demande ne serait pas satisfaite.

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