Algérie : l’Aïd Kébir, les moutons à l’assaut des villes

Algérie : l’Aïd Kébir, les moutons à l’assaut des villes

Par Arezki Aït-Larbi, correspondant à Alger

La communauté musulmane célèbre aujourd’hui l’Aïd El Ad’ha. Le sacrifice rituel du mouton ne respecte ni les règles d’hygiène, ni les codes de l’urbanité.

« Egorgez des moutons, pas des enfants ! »  L’Aïd Al Ad’ha (fête du sacrifice), qui célèbre le message d’Abraham par le sacrifice d’un mouton à la place de son fils, a perdu son sens spirituel, pour devenir un rite profane imposé par les convenances sociales. Une compétition entre voisins comme si la taille, la force et surtout les cornes de l’ovin égorgé étaient proportionnelles à leur dévotion.

En attendant le rituel, les grandes villes sont devenues d’immenses bergeries. Alger, déjà défigurée par la promiscuité et une hygiène très approximative, est méconnaissable. Depuis deux semaines, la vie a viré au cauchemar ; des troupeaux de moutons parqués un peu partout dans les quartiers de banlieue sont proposés à la vente aux particuliers par des maquignons venus de la steppe. Puis, petit à petit, les ovins prennent possession du centre ville.

Combats de béliers

Rue Didouche Mourad, les Champs Elysées de la capitale algérienne, le mouton, exhibé avec fierté comme animal de compagnie par les enfants avant de finir au barbecue, prend ses aises. Sur les trottoirs, dans les immeubles, dans les ascenseurs, sur les balcons, dans les salles de bain, et même dans le métro, le mouton est devenu maître des lieux. Et le commerce saisonnier s’y adapte : des bottes de foin pour les derniers repas de l’animal sont entreposés dans des endroits insolites, comme les abribus, appelés avec humour « fast food pour mouton » !

Dans certains quartiers, les combats de béliers sont devenus une tradition qui attire les curieux et les amateurs de paris, pourtant prohibés par l’islam. Mais qu’à cela ne tienne, une entorse mineure aux préceptes rigoristes sera vite oubliée. Surtout pour le propriétaire du vainqueur qui encaisse le jackpot ; un bélier aux cornes impressionnantes, champion depuis 2017, a été vendu un million de Dinars (10.000 Euros !). Après avoir échappé au rituel du sacrifice, il sera bichonné par son nouvel acquéreur comme reproducteur dans un « harem » de brebis pour perpétuer la race !

Abattoirs à ciel ouvert

Sur les réseaux sociaux, on partage des photos insolites, comme celle d’un mouton avec une couche-culotte ! ou celle d’un petit troupeau dans le tramway… A ceux qui dénoncent cette ruralisation des villes, les islamo-conservateurs opposent « nos traditions culturelles et nos valeurs religieuses  » pour justifier des pratiques qui ne respectent aucune règle de la vie citadine. Pour avoir dénoncé cette « bédouinisation-islamique qui menace nos villes », l’écrivain Amin Zaoui est lynché sur les réseaux sociaux.  

Le jour de l’Aïd, les cours d’immeubles et les rues deviennent des abattoirs à ciel ouvert. En moins d’une heure, la symphonie de bêlements qui berçait la ville depuis une semaine dans un air de campagne, se tait. L’odeur acre du sang mal lavé se mélange aux effluves des abats jetés un peu partout, pour déverser sur la ville une puanteur de décharge publique.

« Alger, Ville intelligente » ?

Il y a quelques semaines,  » Alger la Blanche  » a pourtant accueilli un colloque sur les  » villes intelligentes » ; mais la capitale algérienne qui ambitionne d’être la première métropole connectée d’Afrique, est encore plombée par les archaïsmes religieux. Ces pratiques, qui ont dégradé la vie citadine, révèlent la déliquescence de l’Etat, qui a abdiqué ses prérogatives devant la pression des islamo-conservateurs.

Amin Zaoui met en garde : «  nous sommes les fidèles héritiers de la culture arabo-bédouine. (…) Si un jour vous voyez des troupeaux de chameaux arpentant les rues d’Alger, ne vous étonnez pas. Le jour des chameaux d’Alger n’est pas loin ! « 

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