Nigeria, Soudan du Sud, Somalie, Yémen : 20 millions de vies en sursis

Nigeria, Soudan du Sud, Somalie, Yémen : 20 millions de vies en sursis

Les Nations unies redoutent une famine plus meurtrière que celle de 2011 en Somalie

La famine menace près de 20 millions de personnes en Somalie, au Soudan du Sud, au Nigeria et au Yémen. Le risque de catastrophe humanitaire plane au-dessus de ces quatre pays si une aide, que l’Onu chiffre à 4,4 milliards de dollars (4,14 milliards d’euros), n’est pas récoltée d’ici au mois de juillet. Alors que le gouvernement sud-soudanais déclarait officiellement plusieurs régions du pays en état de famine le 20 février dernier, “le risque d’un nombre de morts massif provoqué par la famine parmi les populations de la Corne de l’Afrique, du Yémen et du Nigéria s’accroît”, a déclaré mardi un porte-parole du Haut-commissariat de l’Onu pour les réfugiés (HCR).

Au Soudan du Sud, 100 000 personnes luttent en ce moment contre cette famine prête à les emporter, et environ un million d’autres y seront bientôt confrontées, selon le HCR. En Somalie, pas encore déclarée en état de famine, 110 personnes sont mortes de faim en 48 heures début mars. Ce fléau n’épargne personne et encore moins les enfants : ils sont plus de 1,4 million, dans ces quatre pays, à risquer la mort en raison d’une malnutrition aiguë.

La sécheresse, mais surtout la guerre

Sur le banc des accusés, l’homme est celui qu’il convient de juger le plus sévèrement. Les conflits sont en effet le dénominateur commun de ces crises alimentaires. Bien sûr, l’impact de la sécheresse ne peut être minimisé, notamment en Somalie. Pierre Verbeeren, directeur général de Médecins du monde, était au Somaliland (nord de la Somalie) début avril : “Ce n’est pas une zone soumise aux conflits. J’y ai vu des gens perdre jusqu’à 70 % de leur cheptel. Les populations sont sans eau, les nappes phréatiques qui approvisionnent normalement leurs puits sont vides, des cadavres de vaches, de chèvres, de chameaux jonchent le sol.” Cependant, pour Alexandre Faite, chef de la délégation de la Croix-Rouge au Yémen, l’image d’Epinal de la terre craquelée, ravagée par la sécheresse et conduisant la population locale à la famine est trop simpliste : “Certes, le climat est un facteur mais, en réalité, tout s’aggrave avec le conflit actuel opposant les Houthis, qui tiennent la capitale, au gouvernement légitime, soutenu par l’Arabie saoudite. Au Yémen, vous trouvez encore de la nourriture sur les étals des marchés, mais les prix ont grimpé. Et alors que le chômage sévit gravement en raison de la crise et que les ménages perdent leurs revenus, seuls les plus riches parviennent encore à se nourrir. Les plus vulnérables sont contraints de réduire leur ration en nourriture et en médicaments. Une telle situation de crise alimentaire aurait pu être maîtrisée en temps de paix, mais s’envenime en raison du conflit.”

Selon Pierre Mendiharat, directeur adjoint des opérations pour MSF, cette ONG reçoit chaque semaine 200 à 300 enfants supplémentaires en état de malnutrition critique dans l’ensemble de l’Etat de Borno, le plus touché par l’insécurité alimentaire au Nigéria et haut lieu de l’insurrection islamiste du groupe terroriste Boko Haram. “Les poches de famine dont on parle au Nigeria se situent uniquement dans les zones en guerre. Si vous vous déplacez de cent kilomètres et que vous arrivez dans un endroit qui ne connaît pas la guerre, vous n’avez pas de crise nutritionnelle. Au Soudan du Sud aussi, c’est vraiment dans les endroits où la guerre est la plus violente depuis trois ans qu’on trouve une crise nutritionnelle très forte.” Ces famines naissent avant tout de la guerre, de l’inaccessibilité de certaines régions sous tension à l’aide humanitaire, de la fuite des populations face aux conflits et de l’abandon du bétail et des terres qui en résulte, des politiques de déplacements forcés.

Un cinquième de la somme nécessaire

Le 14 mars dernier, l’Onu appelait la communauté internationale à rassembler 4,4 milliards de dollars d’ici au mois de juillet afin d’“éviter une catastrophe”. Pour l’heure, 984 millions de dollars ont pu être collectés, soit 21 % de la somme nécessaire. Le temps presse, alors que le HCR craint une situation pire que lors de la famine de 2011, qui avait tué plus de 260 000 personnes en Somalie.

Pour Vanessa Saenen du HCR, la guerre en Syrie l’emporte sur toutes les autres priorités humanitaires : “Il devient de plus en plus difficile de trouver des fonds additionnels pour ces pays d’Afrique et pour le Yémen. Et c’est vrai pour partout ailleurs dans le monde.” 

En Belgique, le consortium 12-12 (Caritas International, Médecins du monde, Handicap International, Oxfam Solidarité, Plan Belgique, Unicef Belgique) a déjà récolté près de 5 150 000 euros depuis le lancement de l’action, le 14 mars. Il faut 40 euros pour réalimenter un enfant en malnutrition sévère.

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