L’Egypte réinstaure l’état d’urgence

L’Egypte réinstaure l’état d’urgence

Les autorités tentent d’endiguer les attaques qui ont touché les coptes.

L’Egypte a rétabli lundi à la mi-journée l’état d’urgence dans tout le pays, espérant endiguer le terrorisme islamiste qui a tué, la veille, 45 personnes dans deux églises coptes. D’une durée limitée à trois mois, il va permettre aux autorités de mieux contrôler l’espace public, en étendant les pouvoirs de la police en matière de surveillance, de contrôle ou d’arrestations. Il devra toutefois être validé par le Parlement égyptien, une formalité tant la chambre des représentants est très largement acquise au président Abdel Fattah al Sissi.

Supprimé en 2012 au bout de trente ans – correspondant au “règne” du président Hosni Moubarak, déchu suite à la révolution de 2011 – puis réactivé brièvement à l’été 2013, l’état d’urgence avait été réinstauré fin de l’année suivante dans le nord et le centre du Sinaï. La péninsule désertique est le théâtre d’attaques régulières de la branche égyptienne de l’Etat islamique contre l’armée et les forces de l’ordre.

Une cible prévilégiée

Les deux explosions qui ont fait 45 morts à Alexandrie, deuxième ville d’Egypte, et Tanta, huitième centre urbain, se sont produites quatre mois après l’attentat semblable dans une église copte du Caire. Elles tendent une nouvelle fois à prouver que l’organisation Etat islamique, qui a revendiqué ces opérations, ne limite pas son champ d’action aux sables du Sinaï. Ni même aux symboles et représentants de l’Etat égyptien.

La communauté chrétienne d’Egypte, qui représente de huit à dix pour cent des 93 millions d’habitants, continue d’être la cible privilégiée des combattants djihadistes de Daech. Ceux-ci considèrent que (leur version de) l’islam est la seule véritable religion à imposer à quiconque en terres musulmanes (voire au monde entier), tout autre croyant n’ayant d’autre alternative que de s’y soumettre ou mourir. En semant la mort au Caire, à Alexandrie et Tanta, l’organisation terroriste instille la peur, un levier par lequel elle tente de dicter un autre choix à la communauté copte : la fuite.

Le patriarche copte visé ?

Plus que les cibles urbaines, Daech a visé avec l’église Saint-Marc d’Alexandrie, le cœur historique des chrétiens d’Egypte puisque celle-ci célèbre l’évangéliste fondateur de l’église copte –  dont le nom est une contraction du grec “Aeguptios”, qui signifie Egyptien. Orthodoxes en très large majorité, les coptes sont aussi catholiques et protestants.

La présence du patriarche copte orthodoxe Tawadros II dans l’église alexandrine lors de l’attaque de dimanche pose en outre la question de la sécurité des hauts représentants ecclésiastiques. Si le terroriste s’est vu contraint de déclencher sa ceinture explosive à l’extérieur de l’édifice après avoir été refoulé à l’entrée, la manœuvre pourrait signifier que Daech entend viser des personnalités. Ce serait un tournant pour l’organisation qui a fait des attentats-suicides à l’aveugle et des mises en scène macabres ses marques de fabrique.

Le Pape confirme sa visite

La question se poserait avec moins d’acuité si le pape François n’était pas attendu en Egypte pour une visite officielle programmée à la fin du mois. Le Vatican a néanmoins confirmé lundi le déplacement du souverain pontife en Egypte les 28 et 29 avril prochains. Sa “mission de paix” le mènera, entre autres, à la rencontre d’Ahmed al Tayeb, l’imam de la mosquée d’Al Azhar, l’une des principales figures de l’islam sunnite dans le monde. Celui-ci a condamné un “attentat terroriste lâche”

Au lendemain de celui-ci, les forces de sécurité ont tué sept sympathisants de Daech qui planifiaient des attaques contre les coptes, ont indiqué les autorités. De leur côté, les familles et les proches des victimes ont enterré leurs morts. En priant pour que cela n’arrive plus.

Que pensez-vous de cet article?

Soyez la première personne à évaluer cet article.