RDC : Le flou fait craindre le pire

RDC : Le flou fait craindre le pire

Il reste vingt-quatre heures de mandat au président congolais Joseph Kabila.

A partir de ce mardi, minuit, son second et dernier mandat prendra fin selon les termes de la Constitution congolaise. Mais le Président et son entourage entendent prolonger ce délai. Les élections, qui devaient désigner le nouveau président, n’ont toujours pas eu lieu et aucun calendrier n’est sur la table. Pour tenter de désamorcer une crise politique qui pourrait se transformer dans les prochaines heures en affrontements violents entre les tenants du pouvoir et une population excédée par les excès du régime, la Cenco (Conférence épiscopale nationale du Congo) est parvenue à faire asseoir majorité et opposition autour de la table des négociations.

Des négociations qui devaient initialement se terminer le jeudi 15 décembre. Finalement, faute d’accord, les négociateurs ont joué les prolongations jusqu’à ce samedi 17 décembre en fin de journée, sans résultat. En sortant des négociations, Félix Tshisekedi, un des patrons de l’opposition, a lancé un tweet lourd de sens : « Comme annoncé, les discussions ont échoué. A présent, peuple congolais, la balle est dans votre camp ! Nous sommes arrivés au bout de nos efforts. »

Poursuite des négociations après le 19

Les évêques congolais, eux, estiment qu’un accord est toujours possible. Ils ont convié les négociateurs le mercredi 21 décembre pour poursuivre les discussions quand ils seront de retour de Rome où ils seront reçus en audience par le pape François. Du côté de l’opposition, personne ne ferme la porte à la demande de la Cenco, mais l’enthousiasme n’est pas de mise. « Nous devrions y être mais nous n’y croyons plus », explique un des négociateurs. « Nous avons mis de côté tous nos préalables pour parvenir à un accord. Jamais la majorité n’a fait le moindre geste en notre direction. Pourquoi le ferait-elle demain ? »

La vraie inconnue est l’attitude de la rue des grandes villes comme Goma, Lubumbashi et surtout Kinshasa. « Personne ne contrôle la foule », explique un diplomate en poste à Kinshasa. « Elle est à la veille de fêtes importantes, elle n’a rien dans son assiette. Les gens sont dérangés constamment par des policiers et des militaires déployés en grand nombre. Les contrôles sont incessants. Ils s’accompagnent de vols et d’intimidation. L’étincelle peut venir à chaque instant et le dispositif militaire mis en place ne peut qu’exacerber cette tension, comme l’annonce de la coupure des réseaux sociaux ou l’interdiction des manifestations. C’est une dérive autoritaire terrible qui porte en elle les fruits d’une violence terrible. »

Un avis qui rejoint celui du Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein. « Nous sommes particulièrement inquiets car lundi, cela fera trois mois que 54 personnes sont mortes à Kinshasa, lorsque les forces de défense et de sécurité ont eu recours à un usage excessif de la force contre des personnes demandant que les délais constitutionnels soient respectés et que le président Kabila démissionne à la fin de son deuxième et dernier mandat. Personne n’a jusqu’à présent été tenu responsable de cette répression violente des manifestations », a rappelé M. Zeid. « Intimider et cibler les opposants et la société civile n’est pas la réponse. Faire taire leurs opinions et les empêcher de protester n’est pas la solution. »

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