Louise Mushikiwabo: la Francophonie « pourrait faire beaucoup plus »

Louise Mushikiwabo: la Francophonie « pourrait faire beaucoup plus »

Candidate pour prendre la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie face à la sortante québécoise Michaëlle Jean, la Rwandaise Louise Mushikiwabo estime dans un entretien à l’AFP que l’OIF « pourrait faire beaucoup plus » pour peser sur la scène internationale.

Qu’est-ce que la Francophonie selon vous?

« Pour moi, la Francophonie c’est un environnement culturel, c’est un écosystème où, à travers la langue française, on échange sur des sujets d’intérêt commun. A mon avis, une organisation comme ça, avec des cultures variées, avec des atouts de toutes sortes, économique, social, politique, devrait avoir beaucoup plus d’importance. C’est aussi parmi mes priorités de vraiment relever le niveau de cette organisation sur l’échiquier mondial ».

La Francophonie est souvent dénoncée comme la continuation de la politique étrangère de la France. Êtes-vous d’accord avec ce jugement?

« La critique est légitime. Dans le mot Francophonie, il y a France, il y a la langue française. Donc ça c’est la réalité. Seulement, je pense qu’il faut distinguer la France de la Francophonie. Si je ne me trompe pas, le président (français Emmanuel) Macron a compris que la Francophonie c’est justement plus que la France. C’est une organisation qui doit tenir compte des réalités du monde actuel, y compris vivre en harmonie et côte à côte avec d’autres langues ».

Comment doit-on faire pour promouvoir la langue française?

« La promotion de la langue française, c’est la présence, la visibilité. Au-delà de la langue, c’est quand les pays francophones, les différents opérateurs de la Francophonie, par exemple les hommes et femmes d’État, sont visibles sur le plan international. L’omniprésence de l’anglais est peut-être inévitable, mais ça ne veut pas dire que la langue française ne peut pas faire valoir ses avantages, ses atouts. Je pense qu’il faut avoir une attitude beaucoup plus proactive. »

Quelles seront vos priorités si vous êtes élue secrétaire générale de l’OIF, les 11 et 12 octobre en Arménie?

« La question de l’emploi des jeunes est centrale. Une organisation comme la Francophonie a l’avantage de pouvoir créer des ponts entre les pays membres. Je suis frustrée de ne pas voir assez le secteur privé francophone organisé, alors qu’il y a beaucoup d’hommes et de femmes d’affaires francophones qui sont engagés, qui sont capables de faire des choses. L’emploi des jeunes touche automatiquement à la question de la migration, à la problématique de la radicalisation. Donc si on peut utiliser toutes nos énergies et toutes nos relations en tant qu’organisation (…), on peut faire une différence. »

Quel regard portez-vous sur le bilan de Michaëlle Jean, qui a été critiquée pour son train de vie?

« Je vais y répondre comme ceci. A l’OIF, il y a beaucoup de choses qui se font aujourd’hui. Mais pour moi, on pourrait faire beaucoup plus. Voilà d’ailleurs pourquoi j’ai envie de me présenter, j’ai des projets, j’ai une ambition. Notre organisation n’est pas vraiment où elle devrait être. Pour moi, la transparence dans la gestion n’est même pas une question qui se pose. Je suis au gouvernement rwandais et pour nous, c’est ça la culture: la culture de la transparence, la gestion saine. Ce que je peux vous dire, c’est qu’avec moi à la tête de l’OIF, il y aura la transparence, il y aura une bonne gestion. »

Le respect des droits de l’homme et la promotion de la démocratie seront-ils parmi vos priorités, alors que le Rwanda, dont vous êtes la ministre des Affaires étrangères, est critiqué dans ces domaines?

« Toute la notion de démocratie et des droits, ce n’est pas toujours très clair et très précis ce qu’on veut dire par là. On a collé une étiquette au Rwanda par rapport à ces questions de liberté. Je suis très fière de la gestion politique du Rwanda. Je vois ce que, pas tout le monde, mais la majorité des Rwandais pensent. Ils sont contents du système démocratique qui est là. Le président (Paul) Kagame est un président qui a beaucoup travaillé pour son pays, qui est venu à un moment très difficile de l’histoire de son pays, qui est très populaire. »

La Francophonie doit-elle, selon vous, aller plus loin dans la dénonciation des régimes autocratiques?

« Je ne crois pas aux donneurs de leçon. Je crois beaucoup dans un système d’accompagnement, où on écoute, où on pose des questions, où on prodigue des conseils. Pour moi, la meilleure manière de gérer notre mission par rapport à la démocratie et aux libertés, c’est de se tenir tout près des États, de leur donner conseil, quelques fois même de les aider. L’objectif n’est pas de donner des leçons, ou de comparer des systèmes par rapport à d’autres. Je crois que ce qu’on veut dans notre espace francophone, c’est des systèmes politiques qui sont justes, qui respectent les droits, qui font la promotion de tous les citoyens. »​

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