RDC : Seize ans de présidence Kabila…

RDC : Seize ans de présidence Kabila…

L’appétit vient en mangeant pour un président qui avait tout promis avant de se dédire

Il avait juré “fidélité à la Nation” devant les magistrats de la Cour suprême le 26 janvier 2001, dix jours après l’assassinat de son prédécesseur et père, Laurent Kabila. Par une étrange succession monarchique en pleine République, ne reposant sur aucun texte, Joseph Kabila, 29 ans, est placé, à titre “intérimaire” à la tête du Congo par les amis de son père, qui espèrent garder ce jeune homme simple et modeste sous leur coupe.

Taciturne, guère diplômé, ne parlant qu’une seule des langues du pays – le swahili, et seulement dans sa version tanzanienne (il a grandi en Tanzanie), connotée “étranger” au Congo – “le petit” préfère écouter avec un apparent respect les “tontons” qui pérorent autour de lui, s’appuyant sur leur condescendance à son égard pour les écarter sans les alerter, en douceur, un à un, avec la patience du pêcheur à la ligne.

Dix mois après son accession au fauteuil présidentiel, où il semble précaire comme une balle de ping pong sur un jet d’eau, Joseph Kabila émeut quand il répond à des étudiants, dans une université américaine, qu’il va “très probablement” mourir assassiné comme son père. Trois ans plus tard, on s’aperçoit avec surprise qu’il est fermement installé au pouvoir, entouré de gens qui ne doivent leur ascension qu’à lui.

Election de 2011 “non crédible”

Après l’adoption par référendum (par 84,3% des votants et 62% de participation) d’une Constitution semi-présidentielle et démocratique, les élections de 2006, organisées avec un important appui de la communauté internationale (370 millions d’euros), voient Joseph Kabila l’emporter au second tour avec 58% des voix, devant Jean-Pierre Bemba.

Mais ce succès ne sera pas répété en novembre 2011.

Après s’être attribué peu à peu plus de pouvoirs que ceux que lui octroie la Constitution, Joseph Kabila fait modifier celle-ci, quasiment en catimini, notamment pour réduire la présidentielle à un seul tour, ce qui oblige l’opposition à ne présenter qu’un seul candidat face à lui pour l’emporter – abnégation dont on la sait bien incapable.

Surtout, le scrutin, même ainsi facilité pour le Président sortant, sera marqué des fraudes si massives qu’il sera jugé “non crédible” par les observateurs nationaux et internationaux. Robert Mugabe, le président lui-même ostracisé du Zimbabwe, est le seul de ses homologues à assister à la prestation de serment de Joseph Kabila.

Pareille humiliation ne se reproduira pas: les élections de 2016 – celles auxquelles ce dernier ne peut, constitutionnellement, se présenter – n’auront pas lieu.

Rester au pouvoir, à tout prix

Depuis 2012, toute l’énergie du Président mal élu est consacrée à ce but. “Complots” politiques et “délits” de droit commun découverts en série, permettant d’arrêter des opposants; tentatives de modifier la Constitution, qui interdit toute abolition de la durée des mandats présidentiels et de leur limitation à deux maximum; retards accumulés dans l’organisation des élections; confiscation ou destruction des masse médias d’opposition; achat de politiciens pour dédoubler les partis qui quittent la majorité présidentielle, quand il devient évident que Joseph Kabila entend s’incruster au pouvoir, et les priver ainsi de leur personnalité juridique; interdiction des manifestations d’opposition black out sur les matches de foot, où s’exprime désormais le rejet de Joseph Kabila…

En juin 2007, le jeune Président élu avait dit à notre consoeur “Jeune Afrique” son admiration pour Che Guevara et Thomas Sankara, le populaire et désintéressé président du Burkina Faso assassiné en 1987. La semaine dernière, l’agence financière américaine Bloomberg publiait un long article sur les « centaines de millions de dollars” empochés par la famille Kabila dans les affaires et grâce aux 120 permis miniers qu’elle s’est octroyés au Congo.

Dans la même interview, Joseph Kabila avait aussi assuré: “J’ai donné ma parole d’honneur en promulguant cette Constitution, je n’y toucherai donc pas. Le pouvoir use. Il faut savoir s’arrêter”.

Un portrait de Marie-France Cros

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