RDC: Appel à une intervention internationale au Kasaï

RDC: Appel à une intervention internationale au Kasaï

Face aux violences mortelles au Kasaï, les appels à la communauté internationale se multiplient. 

Relayant les cris de détresse des familles restées au pays, la diaspora kasaïenne a lancé vendredi à Bruxelles un appel à « l’intervention de la communauté internationale » dans le Grand Kasaï, au centre du Congo. Cette région est le théâtre d’un soulèvement villageois contre son abandon par les élites et par le pouvoir central, et la population subit une répression militaire et policière indiscriminée qui pourrait être constitutive de crimes contre l’humanité.

Profanation publique

Le soulèvement est né du refus des autorités congolaises de reconnaître le chef de la principale tribu de la région – les Bajila-Kasanga, présente chez les Luluas et chez les Lubas – Kamwina Nsapu, dans le but de le remplacer par un usurpateur. Ont suivi des exactions contre lui et sa famille, la tentative de vol des objets rituels de la royauté, puis la mort de Kamwina Nsapu dans des heurts avec les forces de l’ordre et la profanation publique de sa dépouille par celles-ci. La colère due à l’abandon économique de la région et à l’absence de développement ont permis la contagion de la rébellion à cinq provinces déjà.

Me Dieudonné Tshibuabua Mbuyi, avocat aux barreaux de Bruxelles, Kinshasa et Kananga (Kasaï-central), membre de cette tribu, a souligné que, selon les agences de l’Onu, « au moins 1,74 million de personnes sont affectées par la crise« , et 637 000 ont été déplacées. Il y a pourtant des casques bleus de la Monusco (Mission de l’Onu au Congo) à Kananga, dont la priorité, imposée par le Conseil de sécurité de l’Onu, est de défendre les civils, « mais ils ne font rien alors qu’ils ne sont qu’à une vingtaine de minutes de Nganda », se désespère l’avocat.

Cette commune semi-urbaine, qui fait partie des cinq communes de Kananga, a été le théâtre, fin mars (voir LLB 4 avril) de ratissages meurtriers par l’armée. Celle-ci était officiellement à la recherche de rebelles mais, selon de nombreux témoignages, a violé des femmes, tué des enfants et ceux qui résistaient au vol de leurs biens. Louise Ngandu, de la Maison du Kasayi (1), a indiqué que selon un premier bilan incomplet dressé par des ONG de Kananga, cette opération militaire a fait « au moins 145 morts (d’autres corps sont toujours dans les maisons et d’autres encore ont été emportés« ) et provoqué la fuite de « 6000 ménages qui se sont réfugiés dans des églises et des hangars ou chez des parents; une soixantaine de femmes sont soignées après avoir déclaré avoir été violées par des militaires » – sans compter celles qui ne le disent pas.

« Il faut une enquête indépendante avec des membres de la communauté internationale« , insistent les orateurs. Deux experts de l’Onu – une Suédoise et un Américain – ont été assassinés dans la région le mois dernier.

La Défense belge enverra un convoi humanitaire

Mme Ngandu rappelle que « 70 % de la population a moins de 30 ans et est sans emploi. Les craintes que le ras-le-bol amène un embrasement sont donc bien réelles. » Me Tshibuabua juge que la cérémonie officielle de réconciliation tenue à la mi-mars à Kananga à l’occasion de la visite du ministre congolais de l’Intérieur, Emmanuel Shadari, « ne règle pas le problème alors que le corps de Kamwina Nsapu n’a toujours pas reçu l’enterrement traditionnel du chef qui permet de nommer son successeur et que rien n’a été fait pour trouver une solution aux problèmes socio-économiques de fond ».

Le juriste Laurent Mutambayi, conseiller auprès du secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, Theo Francken, a annoncé que le ministère belge de la Défense avait accepté l’envoi prochain d’un convoi humanitaire au Kasaï. La Défense a confirmé cette information à « La Libre Belgique ».

(1) La Maison du Kasayi, qui regroupe plusieurs ONG de ressortissants de cette région, organise la récolte d’aide pour les déplacés. On peut verser, avec la mention « SOS Kasaï » au compte BE07 0017 9230 4766 – GEBABEBB

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