En Centrafrique, la mort de trois journalistes éclaire la présence russe

En Centrafrique, la mort de trois journalistes éclaire la présence russe

Paul Gogo, correspondant à Moscou

Trois journalistes russes ont été tués mardi dernier en Centrafrique. Ils enquêtaient sur la présence de l’armée et de mercenaires russes dans la région.

Mardi soir, le monde du documentaire russe était sous le choc après avoir appris la mort en Centrafrique d’Aleksander Rastorguev, Orkhan Dzhemal et Kirill Radchenko. Selon leurs proches, ces journalistes aguerris enquêtaient sur la présence de mercenaires et de militaires russes dans la région. Les circonstances de ces meurtres sont floues. Lundi, les trois hommes se sont rendus à Sibut (200km au nord de la capitale, Bangui), dans un camp de l’armée centrafricaine pour y filmer des soldats russes venus former les soldats du pays. Les trois journalistes auraient ensuite été arrêtés à un checkpoint puis assassinés par une dizaine d’hommes enturbannés et parlant arabe à une vingtaine de kilomètres de Sibut. L’agence de presse russe Tass évoque une responsabilité du Séleka, groupe armé à l’origine de plusieurs tentatives de coups d’états et de nombreux meurtres dans la région ces dernières années. C’est une patrouille de la mission des nations unies pour la stabilisation de la Centrafrique qui a retrouvé les corps, mardi, dépouillés de leur argent et de leur matériel.Le ministère des affaires étrangères russe et les autorités centrafricaines ont lancé des enquêtes, l’opposition russe craint qu’elles n’aillent pas jusqu’au bout, tant le sujet d’investigation des journalistes était sensible.

Wagner

Une nouvelle fois, c’est une affaire russe des plus secrètes qui se voit éclairée par un drame. La Russie peine à cacher l’existence de milice armées engagées au sein de ses actions extérieures. Au cœur de l’affaire, le groupe militaire privé « Wagner » présent en Ukraine et en Syrie. Ils sont désormais présents en Centrafrique et travailleraient de concert avec l’armée russe sur place depuis le début de l’année. Depuis mardi, les médias russes rivalisent de subterfuges pour ne pas citer le nom de cette entreprise militaire privée. La loi russe interdit mais tolère l’existence de telles organisations. Le Kremlin pourrait rendre leur existence légale avant la fin de l’année.

Des journalistes russes et étrangers ont retrouvé des traces de ces milices privées partout où la Russie développe ses intérêts géopolitiques et économiques. Dans le Donbass et en Crimée, ces hommes ont aidé la Russie à conquérir des territoires sans mettre en lumière, dans un premier temps, le rôle de l’armée officielle. L’existence de cette milice en Syrie a éclaté au grand jour lorsqu’une centaine de ses membres ont été tués lors de combats à proximité de champs pétroliers. La bataille pour les champs de pétrole syriens entre Washington et Moscou n’est plus vraiment secrète. Wagner est l’une des armes utilisées par le Kremlin dans sa guerre pour le pétrole syrien.

Instructeurs

Depuis plusieurs mois, la Russie réaffirme sa présence en Afrique. Le 27 juillet dernier, Vladimir Poutine a participé au sommet des Brics en Afrique du Sud. Lors de son discours, il a expliqué souhaiter développer les liens économiques avec l’Afrique dans le nucléaire, le pétrole et le gaz, au Mozambique, en Angola ou encore au Gabon. En Centrafrique, c’est par l’armée que le Kremlin souhaite gagner en influence. Sous embargo, le pays s’est démené pour trouver un fournisseur d’armes. C’est finalement la Russie qui s’est glissée dans la brèche, avec l’approbation du Conseil de sécurité de l’ONU : Un premier stock d’armes légères a été livré en janvier dernier. Plus de 150 militaires russes ont suivi, des instructeurs qui participent à la formation des soldats des Forces armées centrafricaines (FACA). Quarante hommes issus des services de sécurité russes assurent également la sécurité du président centrafricain au quotidien. Cité par le quotidien russe Kommersant, Dmitry Bondarenko, directeur de l’Institut d’études africaines de l’Académie des sciences de Russie estime que la Russie a ses propres intérêts dans la région. « Si nos actions permettent de restaurer le calme en Centrafrique, nous pourrons attendre de leur gouvernement qu’il collabore avec nous. Ce pays est particulièrement riche en ressources naturelles, diamants et uranium ».

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