RDC : Sans le moindre mot d’ordre, la rue de Kinshasa gronde

RDC : Sans le moindre mot d’ordre, la rue de Kinshasa gronde

Les évêques congolais de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), qui avaient accepté de jouer les médiateurs entre la majorité au pouvoir et l’opposition congolaise, ont jeté l’éponge ce 28 mars.

L’accord de la Saint-Sylvestre, qui devait permettre la mise sur pied d’un gouvernement de large ouverture, présidé par le Rassemblement de l’opposition et, dans la foulée, l’organisation de l’élection présidentielle avant la fin de cette année 2017 est enterré. Dans l’attente de ce scrutin, l’accord prévoyait aussi que le président Joseph Kabila, dont le second et dernier mandat s’est terminé le 19 décembre dernier, demeure en place.

Les évêques, soucieux de ne pas jeter de l’huile sur le feu, n’ont pas osé l’affirmer aussi radicalement, ils se sont contentés de constater l’échec des négociations, ont rejeté la responsabilité sur les deux parties et ont appelé le président Kabila à arbitrer le litige.

La rue gronde

Dès l’annonce de cet échec, la rue a exprimé spontanément sa colère. A Kinshasa, d’abord, à Goma, dans l’est, ensuite. Sans le moindre mot d’ordre, la rue a grondé, lançant un clair avertissement au pouvoir mais aussi à l’opposition et à la communauté internationale. « La rue ne veut plus de Kabila, elle ne veut plus non plus de négociations », explique un diplomate européen installé à Kinshasa. « La rue a le sentiment de s’être fait gruger. On lui a dit de ne pas manifester son mécontentement pour laisser la place à des négociations entre politiciens. Aujourd’hui, elle constate que cela n’a abouti à rien. Ce qui est certain, pour ces millions de Congolais, surtout dans les grandes villes, c’est que la crise économique s’aggrave chaque jour. On est sur un baril de poudre qui ne demande qu’à exploser » , continue le diplomate « très inquiet ».

Dès l’annonce de cet échec, l’UDPS, formation de feu Etienne Tshisekedi et principal acteur du Rassemblement de l’opposition, a appelé, par la voix de son secrétaire général Jean-Marc Kabund-a-Kabund, le peuple congolais à se prendre en charge et à descendre dans les rues de tout le pays le 10 avril pour manifester son mécontentement face « à la non-application de l’accord de la Saint-Sylvestre et la présidence à vie programmée par Monsieur (Joseph) Kabila » .

Début du bras de fer

Dans les chancelleries internationales, l’angoisse est perceptible. Toutes craignent un embrasement du pays et appellent les deux camps à se remettre autour de la table de négociations.

Du côté belge, ce mercredi soir, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, tout en condamnant les violences au Kasaï (voir ci-dessous), a lancé un appel pour le respect de l’accord de la Saint-Sylvestre. « Plus que jamais, l’accord politique du 31 décembre 2016 doit être mis en œuvre fidèlement. Cela nécessite la nomination d’un Premier ministre mis en avant par l’opposition, de même que l’organisation d’élections justes et transparentes en 2017. Des mesures urgentes doivent être prises pour rétablir les droits et libertés, comme prévu dans l’accord. » La formule sur la désignation du Premier ministre, point d’achoppement de cet accord, est particulièrement vague mais elle a le mérite de rappeler que le futur chef du gouvernement doit venir des rangs de l’opposition.

« Pas là que pour les chrysanthèmes »

Le président Kabila, toujours prompt au silence, a annoncé qu’il allait très prochainement se présenter devant les chambres réunies « pour un grand discours fédérateur » , explique un proche du pouvoir qui poursuit : « l’opposition veut mettre la pression, mais c’est elle qui bloque tout en refusant de présenter une liste de trois noms pour le poste de Premier ministre. Elle veut obliger le chef de l’Etat à se plier à ses desiderata. Le président n’est pas un secrétaire obligé de signer n’importe quel document. Il doit pouvoir choisir, même sur une liste restreinte. »

Du côté de l’opposition, cette exigence est inacceptable. « L’accord de la Saint-Sylvestre, dans son article III est très clair. L’opposition désigne son Premier ministre, notez le singulier, qui est nommé par le président » , explique un des négociateurs de l’opposition. Le blocage est total, les deux camps se font face et la communauté internationale espère qu’un accord pourra être trouvé grâce à la bonne volonté des uns et des autres. « Une attitude hypocrite, reprend Marc, informaticien à Kinshasa. Le blocage est sur la table depuis près de cinq mois. Kabila ne cédera pas. L’opposition, elle, sent qu’elle ne peut plus reculer. Poussée dans le dos de toutes parts, elle a beaucoup concédé au clan présidentiel. Le peuple congolais veut le changement. L’opposition a encore le peuple derrière elle. Mais si elle ne se montre pas ferme, elle le perdra et pourrait faire le jeu de n’importe quel aventurier. »

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