RDC: la presse en ligne redoute des pressions comme les réseaux sociaux

RDC: la presse en ligne redoute des pressions comme les réseaux sociaux

A quelques jours d’échéances politiques décisives en République démocratique du Congo, les éditeurs et les défenseurs de la liberté d’expression s’inquiètent de la volonté des autorités d’encadrer la presse en ligne et les réseaux sociaux pour lutter contre les « fake news » et la cybercriminalité.

Média Congo, Actualité.cd, la radio onusienne Okapi, 7sur7…: ces sites d’informations avaient jusqu’au 14 juillet pour mettre en oeuvre un arrêté du ministère de la Communication. La plupart n’ont pas obtempéré dans l’attente d’un rendez-vous avec le ministre.

Ces sites ont fleuri en choisissant une ligne éditoriale plus factuelle que la presse d’opinion sur papier dont les titres appartiennent à des responsables politiques. Non sans succès, avec par exemple deux millions de visiteurs mensuels revendiqués pour Radio Okapi, quand la presse papier ne se vend qu’à quelques milliers d’exemplaires par jour.

L’arrêté prévoit l’ouverture d’un registre de déclaration préalable des médias en ligne. « Tout message publicitaire sur un média en ligne doit passer avant sa diffusion auprès des institutions publiques chargées du contrôle de la publicité », ajoute le texte.

« Nous devons déjà déclarer les sites aux autorités compétentes mais s’enregistrer au préalable auprès du ministère n’a pas de sens. Cela veut dire qu’ils auront la possibilité d’autoriser ou pas l’existence d’un site », souligne Patient Ligodi, directeur du site Actualité.cd et président de l’Association des médias d’information en ligne de RDC (MILRDC).

Mardi, « les médias membres de MILRDC ne se sont pas enregistrés », selon M. Ligodi, espérant obtenir un rendez-vous avec le ministre de la Communication Lambert Mende d’ici à la fin de semaine pour discuter de cette décision.

« S’il est appliqué tel quel, dans sa lettre et dans son esprit, cet arrêté aura pour effet d’étouffer les médias en ligne et de restreindre davantage des espaces de liberté et d’expression alors que nous approchons des échéances politiques majeures, avec des élections annoncées », a déclaré Tshivis Tshivuadi, secrétaire général de Journaliste en danger (JED), branche congolaise de Reporters sans frontières (RSF), qui demande un moratoire.

Des élections sont prévues le 23 décembre 2018 en RDC pour désigner le successeur du président Joseph Kabila, qui ne peut pas se représenter mais qui reste muet sur son avenir politique. L’heure de vérité va sonner avec le dépôt des candidatures à l’élection présidentielle entre le 24 juillet et le 8 août.

Un autre article de l’arrêté interdit toute information écrite ou visuelle « enfreignant le droit à l’image ou le droit à la vie privée ».

– « Contexte de répression » –

Amnesty International s’inquiète d’une possible interprétation extensive de cette disposition pour censurer l’information en ligne. « Est-ce que le gouvernement veut interdire certains médias online? Leur régulation peut attendre après les élections », affirme l’ONG Reporters sans frontières.

« La nouvelle régulation du gouvernement congolais intervient dans un contexte de répression très répandue contre les militants pro-droits humains et pro-démocratie, et l’opposition politique. Il y a une réelle inquiétude que ces nouvelles exigences soient bientôt utilisées pour sévir contre les médias en ligne congolais », s’inquiète la directrice Afrique de Human Right Watch Ida Sawyer – persona non grata en RDC pour des prises de position antérieures.

« S’ils veulent continuer à violer la loi, les règles qui régissent ce secteur, je ne comprends pas. Mais nous pouvons parler d’un moratoire au besoin », a déclaré à l’AFP le ministre de la Communication Lambert Mende.

Mende a également exprimé son souhait de réguler l’utilisation des médias sociaux lors d’une visite au siège de Facebook en Californie fin juin, alors que les deux principaux opérateurs, Orange et Vodacom, communiquent depuis des semaines sur l’arrivée de la 4G en RDC.

« La RDC représente un marché de plus de 60 millions de consommateurs potentiels des réseaux sociaux comme Facebook. D’où la nécessité pour l’État, tout en luttant contre la fracture numérique, de légiférer et réguler l’utilisation des réseaux sociaux afin de préserver le public contre les cyber-crimes », a déclaré le ministre dans un communiqué à l’issue de sa visite.

« Eux contrôlent cet instrument (Facebook) qui peut servir à commettre des crimes. Donc nous nous sommes mis d’accord sur un certain nombre de règles et de collaborations », a développé M. Mende interrogé par l’AFP. Par exemple bloquer des contenus? Affirmatif.

Le sujet est sensible en RDC où comme dans bien d’autres pays d’Afrique centrale (Congo-Brazzaville, Gabon, Cameroun…) les autorités ont demandé aux opérateurs de suspendre internet et les réseaux sociaux à chaque épisode de tensions politiques.

Ce fut le cas lors des marches catholiques anti-Kabila des 31 décembre, 21 janvier et 25 février. Le collectif à l’origine de ces marches a évoqué de possibles nouvelles actions début août si Kabila se représente.​

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