Libye: Macron pousse à des élections en décembre, des sénateurs jugent ce calendrier improbable

Libye: Macron pousse à des élections en décembre, des sénateurs jugent ce calendrier improbable

Le président français Emmanuel Macron ne doit pas confondre « action et communication » dans la crise libyenne en poussant à des élections en décembre, ont estimé des sénateurs français, auteurs d’un rapport sur la Libye, jugeant ce calendrier improbable.

« Vouloir tout, tout de suite, en urgence c’est la certitude d’échouer (…) Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation, action et communication », a déclaré le vice-président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, Cédric Perrin (Les Républicains, opposition), en présentant le rapport – « Libye: entre sortie de crise et tentation du statu quo » – mardi à la presse.

« La situation s’est quelque peu peu améliorée mais les progrès (vers une transition politique, NDLR) restent extrêmement fragiles », a-t-il résumé, pointant les défis économiques et sécuritaires auxquels le pays reste confronté, sept an après l’intervention occidentale qui a conduit à la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.

Emmanuel Macron a obtenu des quatre principaux protagonistes de la crise un accord oral – mais pas de signature – le 29 mai à Paris pour l’organisation d’élections le 10 décembre afin de tirer ce pays du chaos.

« Aujourd’hui les élections, c’est plus pour faire plaisir au président de la République que pour régler le problème libyen mais il faut aussi lui donner acte de cette volonté d’essayer d’avancer sur la question libyenne », estime M. Perrin.

Certains responsables libyens réclament l’adoption préalable d’une Constitution définissant les pouvoirs du futur président. Et certaines forces continuent à faire obstruction à toute solution politique de peur d’y perdre en influence, notamment dans le partage de la manne pétrolière.

« Des élections à la fin de l’année, cela nous paraît extrêmement complexe, même si c’est ce vers quoi il faut tendre », a insisté Cédric Perrin à l’unisson des trois autres auteurs du rapport (Rachel Mazuir, Jean-Pierre Vial et Christine Prunaud).

« Aujourd’hui je vois surtout l’intérêt du président de la République. Mais s’il réussit j’applaudirai, que les choses soient claires », a renchéri le socialiste Rachel Mazuir.

Tous ont insisté sur la nécessité d’une « plus grande coordination » des 19 pays – voisins, régionaux ou européens – concernés par la crise libyenne, notamment des Francais et Italiens, aux intérêts souvent divergents dans ce pays.

« Le processus (politique) doit compter, pour donner des impulsions et imposer aux acteurs rétifs des solutions, sur des aides extérieures (..) Mais pour peser et imposer, il faut que la communauté internationale s’efforce de se coordonner davantage », souligne le rapport.

La menace terroriste reste réelle, faute de forces de sécurité nationales structurées, même si le groupe Etat islamique a été chassé de Syrte dont il voulait faire sa base en Libye, relève le rapport.

Le Sud libyen reste une base arrière pour Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Une solution politique pourrait aussi amener certains milices à se radicaliser « en se rangeant sous la bannière du terrorisme international », met en garde Jean-Pierre Vial (Les Républicains).​

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