L’Angola lusophone fait les yeux doux au Commonwealth et à la Francophonie

L’Angola lusophone fait les yeux doux au Commonwealth et à la Francophonie

Faire d’une pierre deux coups. C’est l’ambition du nouveau président angolais Joao Lourenço qui souhaite, contre toute attente, voir son pays, une ancienne colonie portugaise, intégrer à la fois la Francophonie et le Commonwealth britannique.

La mission ne s’annonce pas impossible, à en croire le chef de l’Etat, qui tente coûte que coûte d’attirer les investisseurs étrangers dans son pays producteur de pétrole, mais embourbé depuis des années dans une profonde crise économique.

Joao Lourenço en veut pour preuve le Mozambique, une autre ex-colonie portugaise qui a rejoint le Commonwealth en 1995.

« L’Angola n’est pas entouré de pays lusophones », a-t-il benoîtement constaté pour justifier son initiative. Il est pressé au nord par la République démocratique du Congo et le Congo-Brazzaville, adeptes de la langue de Molière. Au sud et à l’est par la Namibie et la Zambie, pratiquants de celle de Shakespeare.

« Par conséquent, ne vous étonnez pas que nous demandions maintenant l’adhésion à la Francophonie et, dans quelques jours, au Commonwealth », a lancé le président angolais lors d’une récente tournée diplomatique en Europe.

Londres a réagi avec enthousiasme à cette annonce surprise. « Formidable », s’est extasié le chef de la diplomatie britannique Boris Johnson sur Twitter.

« Nous accueillons avec une grande satisfaction l’engagement du président Lourenço sur des réformes de long terme, la lutte contre la corruption, l’amélioration des droits humains. Au plaisir de l’accueillir bientôt au Royaume-Uni », a-t-il lancé.

L’intégration au Commonwealth répond à des critères stricts. Sa charte insiste notamment sur « l’égalité et le respect de la protection et de la promotion des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels » de ses membres.

La perspective d’y ajouter l’Angola réjouit Zenaida Machado, de l’organisation Human Rights Watch (HRW).

« Il devra adhérer à des règles et des principes qui, s’ils sont respectés, seront très bons pour le climat du pays », se réjouit-elle, « pour nous c’est un bon signal ».

– « Bonne idée » –

Car, de l’avis des ONG, l’Angola n’est pas précisément un parangon de vertu démocratique.

Il sort à peine de trente-huit ans de règne autoritaire de Jose Eduardo dos Santos, qui a largement muselé ses adversaires politiques. Son successeur Joao Lourenço, issu du même parti, le MPLA, a promis d’éradiquer la corruption, mais la route reste longue sur la voie d’un changement de régime.

S’il a autorisé en mars une rare manifestation de l’opposition, sa police a encore été épinglée au début du mois pour avoir abattu sans autre forme de procès un suspect dans la rue.

A ce jour, seuls deux pays sans histoire coloniale commune avec le Royaume-Uni – le Mozambique et le Rwanda – sont membres du Commonwealth. Et ceux qui adhèrent en même temps à la Francophonie (84 membres) et au Commonwealth (53) se comptent sur les doigts des deux mains.

« C’est une bonne idée que l’Angola (les) rejoigne car la majorité des pays africains sont liés à ces organisations », estime l’analyste politique Augusto Bafua Bafua. « L’Angola est déjà membre de la Communauté des pays de langue portugaise, mais cette organisation est très faible », fait-il remarquer.

Dans les rues de Luanda, les Angolais, qui se débattent au quotidien avec un chômage de masse et une forte inflation, s’interrogent pourtant sur l’impact de telles adhésions.

« L’Angola fait déjà partie d’organisations similaires et les avantages ne sont pas visibles », estime Augusto Pedro, chômeur de 36 ans. « Le portugais n’est pas parlé par toute la population, donc on devrait se battre pour rejoindre ces communautés », nuance un autre habitant, Manuel Joao, 28 ans.

L’opposant Rafael Marques, lui, reste très perplexe. « Les gens en Angola peuvent à peine écrire portugais parce que le système éducatif s’est effondré », constate-t-il, « si on ne peut pas éduquer son peuple dans la langue officielle, à quoi bon rejoindre deux autres communautés de langue ? »

Alors Rafael Marques, féroce critique du parti au pouvoir, avance une autre explication. « Cette annonce sympathique va lui faire gagner des points dans les médias », cingle-t-il.

Que pensez-vous de cet article?

Derniers Articles

Journalistes

Dernières Vidéos