La collection de Dundo, atout décisif pour le futur de l’Angola

La collection de Dundo, atout décisif pour le futur de l’Angola

L’Angola a récupéré six oeuvres d’art volées au musée de Dundo durant la guerre (1975-2002). Ce long et minutieux travail de recherche est mené par la Fondation Sindika Dokolo. La mise en place d’un site web consacré aux collections volées devrait permettre d’accélérer le mouvement de la « restitution ». Le patrimoine retrouvé doit aider à changer l’image du pays.

Six œuvres d’art. Le butin peut sembler dérisoire mais à l’aune de l’Angola, pays sorti d’une guerre dévastatrice (1975-2002), ces six objets sont loin d’être anodins. Ils viennent combler le vide sidéral laissé par la destruction du musée de Dundo, créé en 1936 par l’ancienne Diamang (compagnie de diamants angolaise), tout près de la frontière avec la République démocratique du Congo.

Depuis 2015, Sindika Dokolo, célèbre homme d’affaires congolais et collectionneur d’art africain, s’est mis en tête de retrouver ce patrimoine disparu. Une collection riche de plus de 7000 œuvres qui a permis au musée d’éditer, au fil des années, des ouvrages qui continuent à faire référence dans le domaine de l’histoire de l’art africain.

L’équipe de la Fondation Dokolo a mené les recherches dans les vieilles photos, archives, etc. afin de retrouver le numéro de séries des œuvres et ensuite, identifier où ces dernières seraient réapparues au fil des 30 ou 40 dernières années. « C’est un travail de fourmi« , reconnaît Sindika Dokolo. Un inventaire minutieux pour lequel il a reçu l’aide d’un certain nombre de marchands d’art reconnus et appréciés tels que le Belge Didier Claes, le Français Daniel Hourdé ou l’Italien Giorgio Rusconi.

Rendre son patrimoine artistique à l’Angola

Coup du sort : dans cette liste se trouve un masque dont il s’était lui-même porté acquéreur. « C’est la première œuvre d’art que j’ai achetée dans une vente aux enchères aux Etats-Unis en 2007. Personne ne savait qu’elle avait appartenu au musée. Je l’ai rendue. C’est un sentiment aigre-doux en tant que collectionneur parce que cette œuvre, j’y tenais. Mais en même temps, c’est vraiment utile car ces objets doivent jouer un vrai rôle aujourd’hui au pays… »

L’occasion de montrer l’exemple à tous ceux qui hésiteraient peut-être encore ?
« Il n’y a pas à hésiter, le musée a été complètement réhabilité. Il est tout à fait sécurisé, avec une politique proactive pour valoriser, rendre accessibles et protéger ces œuvres. Donc il n’y a pas de question qui se pose. Comme n’importe quel autre musée dans le monde qui aurait perdu des pièces, lorsqu’on les retrouve, on les rend immédiatement. »

« Dans un mois ou deux », un site web sera mis en ligne mentionnant les données de toutes les œuvres identifiées comme faisant partie du musée de Dundo. « Il n’y a que 60 œuvres identifiées sur des milliers d’objets disparus. Ce sera un outil très important car il y avait en Angola des sculptures qui faisaient partie des plus belles du monde. »

« Pour moi, la mission sera accomplie lorsqu’on aura récupéré ces œuvres-là et qu’on aura généré suffisamment de crédibilité et de confiance pour que les gens qui les détiennent se sentent assez à l’aise pour les rapporter », précise M. Dokolo.

« Comme je l’ai déjà dit, on n’a pas une approche coercitive, je ne suis pas là pour revisiter l’histoire coloniale : s’il n’y avait pas eu les collectionneurs, des gens passionnés, notamment les Belges, ces pièces auraient disparu car le musée a été complètement détruit par la guerre. De ce point de vue-là, ils ont fait œuvre utile. Si le musée n’était pas en état aujourd’hui, il vaudrait d’ailleurs mieux qu’ils gardent les œuvres. »

Mais aujourd’hui, la donne a changé… Une situation saluée par « le grand collectionneur et marchand d’art français Daniel Hourdé qui a naturellement et spontanément refusé la moindre contrepartie financière. Généralement, j’indemnise les propriétaires. Car je considère que les actuels dépositaires des œuvres ont agi de bonne foi ».

La Fondation Dokolo a établi un partenariat avec l’Etat. « Heureusement, il y a eu une volonté politique qui s’est traduite par la mise en place d’instruments qui nous permettent d’être fonctionnels. On a un mandat pour aller identifier, négocier et rapatrier ces œuvres. Pour être clair, je paie les œuvres mais je pense qu’au fil du temps, la position de quelqu’un comme Daniel Hourdé va être généralisée. Lorsque les œuvres seront répertoriées sur notre site et que l’objet que vous détenez y apparaîtra, il sera brûlé, vous ne pourrez plus jamais le vendre. Pour le moment, le système d’indemnisation fonctionne. Il est donc important que les personnes se manifestent maintenant. »

Patrimoine et atout touristique

Un pays comme le Bénin est en pointe dans la bataille de la restitution des œuvres d’art. Il en a fait le cœur de son développement touristique. Une piste à suivre pour l’Angola ?
« Depuis la fin de la guerre, l’Angola est une puissance pétrolière, militaire et minière et c’est vrai que dans le travail de reconstruction nationale, l’économie et le plein-emploi ont confisqué toute l’attention. En même temps, il y a une vraie prise de conscience. Dans les atouts naturels du pays, il y a cette question du tourisme et le gouvernement fait des efforts. On a parlé de la création de certains musées. Dans cette stratégie, l’existence de trésors comme la collection de Dundo, constituée de chefs-d’œuvre universels, sera un atout décisif. »

Entretien: Karin Tshidimba

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