Kinshasa, négociations au bord de la rupture

Kinshasa, négociations au bord de la rupture

Les évêques de la Cenco tentent toujours de mener les débats entre la majorité présidentielle et le Rassemblement de l’opposition congolaise. Mais le constat est clair, rien ne bouge, les deux camps n’entendent pas faire le moindre geste.

Le Rassemblement de l’opposition, emmené par Félix Tshisekedi et Pierre Lumbi, entend respecter et faire respecter l’accord de la Saint-Sylvestre à la lettre. Cet accord prévoit, dans son art III que « Le gouvernement de la République est dirigé par le Premier ministre présenté par l’opposition politique non signataire des accords du 18 octobre 2016/Rassemblement et nommé par le président de la République conformément à l’article 78 de la Constitution. » Le Rassemblement entend donc présenter son candidat et le faire avaliser par le chef de l’Etat.

« Kabila n’est pas là que pour inuagurer les chrysanthèmes »

Du côté de la majorité présidentielle, ce scénario est inacceptable et ce depuis la signature de cet accord. « A se demander si ces gens qui nous représentaient ont réfléchi avant de signer », explique, sous le sceau de l’anonymat, un membre de cette majorité présidentielle. « Le président Kabila ne peut pas être là uniquement pour inaugurer les chrysanthèmes, a expliqué un de ses ministres présents autour de la table de négociations pour justifier cette exigence que plusieurs noms lui soient présentés. Et d’insister sur la fin de cette article de l’accord de la Saint-Sylvestre qui stipule: « conformément à l’article 78 de la Constitution ». Un article qui prévoit que le président nomme le Premier ministre au sein de la majorité parlementaire ou, si celle-ci « n’existe pas, le Président de la République confie une mission d’information à une personnalité en vue d’identifier une coalition ».
En fin de semaine dernière, le ministre de la justice Alexis Thambwe a déclaré lors d’une réunion entre les deux parties et en présence des évêques congolais que cette situation pouvait « durer six mois ». Que la majorité ne céderait pas sur ce point. Pour lui et pour ses collègues, l’opposition doit présenter une liste de noms (au moins trois) au sein de laquelle Joseph Kabila désignera le Premier ministre.
Les évêques refusent de baisser les bras mais ne disposent d’aucun argument suffisamment puissant pour infléchir l’une ou l’autre position.
Un blocage qui fait les affaires de la majorité qui voit s’éloigner la tenue de la présidentielle en 2017. « Chaque jour qui passe nous en éloigne, en effet », juge un ancien ministre.
Dans les rangs de l’opposition, la « mauvaise foi de la majorité, va nous pousser à des positions extrêmes ». reconnaît un des négociateurs. Le 14 mars dernier, dans une interview à  La libre, Moïse Katumbi annonçait que le Rassemblement ne céderait pas « parce qu’il a déjà fait toutes les concessions pour éviter le chaos et pour tenter de sortir le pays de la crise » avant de poursuivre: « nous allons fixer une date butoir » pour que la majorité respecte l’accord de la Saint-Sylvestre et désigne le Premier ministre (Félix Tshisekedi) qui sera chargé, notamment, d’amener  le pays vers le scrutin présidentiel.
« Si la majorité veut s’en référer à la Constitution, pas de souci », expliquait encore Moïse Katumbi, « alors, Kabila doit démissionner parce qu’il n’est plus légitime au regard de cette Constituton et c’est le président du Sénat, Léon Kengo Wa Dondo qui doit exercer les fonctions de chef de l’Etat et nous amener vers des élections présidentielles. »
Les négociation sont clairement dans une impasse, à tel point que beaucoup craignent que l’opposition ne claque la porte et mette ainsi les évêques et la majorité devant leurs responsabilités.

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