Au nord du Mali, la situation humanitaire reste fragile

Au nord du Mali, la situation humanitaire reste fragile

C’est une première étape de l’application d’un processus de paix, signé en juin 2015.

Mardi 28 février, et après plusieurs reports, les premières autorités intérimaires qui doivent marquer un retour de l’État, dans les régions du Nord, ont été installées à Kidal, fief de l’ex-rébellion touareg. L’installation des dirigeants provisoires de Gao, Ménaka, Tombouctou et Taoudénit, les quatre autres régions administratives du nord du pays, devraient suivre cette semaine. Un petit pas dans la résolution d’un conflit, vieux de cinq ans, mais qui se profile sur une situation humanitaire inchangée et fragile.

Sur le terrain, à l’ombre des tractations politiques entre le gouvernement et les groupes armés, ce sont plus de 2,7 millions de maliens qui vivent, aujourd’hui, dans des zones affectées par le conflit. Ce dernier, qui n’a cessé de se complexifier avec les années, mêle tensions communautaires, politiques et enjeux sécuritaires. Ses implications humanitaires dans un des pays le pauvres du monde sont importantes et multiples.

Perfusion humanitaire

Le Comité international de la Croix rouge (CICR), présent au Mali dès 1991, investit dans l’accès à l’eau, la santé et la sécurité alimentaire depuis 2008, mais avec la révolte [séparatiste] de 2012 qui a conduit à l’occupation du nord du Mali, nous avons dû considérablement augmenter notre activité et lancer un programme d’intervention d’urgence”, retrace à grandes lignes Christoph Luedi, le chef de la délégation du CICR à Bamako. “La situation au Nord reste aujourd’hui très fragile. L’absence de l’État est comblée par les humanitaires qui ont la confiance des autorités mais aussi des populations, et sont donc un acteur clef”, poursuit le délégué.

Pour mener à bien leurs activités et accéder aux populations dans le besoin, les membres du CICR travaillent aussi bien avec le gouvernement et les chefs des communautés locales, qu’avec l’ensemble des porteurs d’armes soit le MNLA (Touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad) et les réseaux djihadistes qui sévissent toujours au Mali, malgré leur recul avec les opérations militaires françaises (Serval, puis Barkhane).

Insécurité alimentaire chronique

Les conséquences du conflit entre les différents groupes armées s’ajoutent à l’insécurité alimentaire (2 550 000 personnes concernées) et la malnutrition (12,4% de malnutrition aiguë globale) qui touchent l’ensemble du pays de façon chronique. “A cause de l’insécurité, certains ont peur de se rendre sur les marchés pour vendre leurs fruits et légumes par exemple”, témoigne Christoph Luedi. En 2016, le CICR a distribué de la nourriture ou des biens de première nécessité à plus de 90 000 personnes. Plus de 95 000 personnes ont également vu leur accès à l’eau potable facilité alors que le conflit a engendré des dommages importants au niveau des infrastructures des régions de Tombouctou, Gao et Kidal. Mais la sécheresse que connaît actuellement la région menace les récoltes et crée des tensions entre éleveurs et agriculteurs qui se disputent les points d’eau.

Les déplacements de populations internes (environ 60 000 personnes) ou dans les pays limitrophes (plus de 100 000) sont une autre conséquence du haut niveau de conflictualité et de banditisme qui sévit au Mali. Les exactions contre les civils, dont les responsables sont difficilement identifiables, selon le CICR, participent du climat général d’insécurité.

Statu-quo humanitaire

Le retour de l’État dans les régions du nord du Mali, aussi faible soit-il pour le moment, est un enjeu majeur de l’amélioration de la situation humanitaire. Les autorités intérimaires en cours d’installation, doivent préparer l’élection (par la population) d’assemblées dotées de pouvoirs importants, mais aussi, favoriser le retour des déplacés du conflit dans les régions du Nord. Une tâche qui s’annonce difficile aux vues des dissensions toujours à l’œuvre au sein de l’ensemble des groupes militaro-politiques ayant signé l’accord de paix, et qui laisse douter, dans l’immédiat, d’une évolution du constat que dresse aujourd’hui Christoph Luedi: “La situation humanitaire ne s’améliore pas et ne se dégrade pas non plus, elle reste stable”. Au nord du Mali, la situation humanitaire reste donc fragile.

A.W.-H.

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