Ethiopie: le régime lève l’état d’urgence, nouveau geste d’ouverture

Ethiopie: le régime lève l’état d’urgence, nouveau geste d’ouverture

Le parlement éthiopien a levé mardi l’état d’urgence instauré le 16 février pour six mois, un nouveau signe d’apaisement du régime et de son nouveau Premier ministre Abiy Ahmed, investi en avril à la suite d’une crise politique sans précédent en un quart de siècle.

Le parlement, réuni mardi matin, a voté en faveur de la levée de l’état d’urgence en raison « de la stabilité relative et du calme » dans le pays, notamment depuis la prise de fonctions du nouveau Premier ministre, a rapporté l’agence de presse éthiopienne (ENA).

L’état d’urgence avait été décrété par le gouvernement (puis ratifié par le parlement) au lendemain de la démission surprise le 15 février du Premier ministre Hailemariam Desalegn.

L’ancien Premier ministre avait été emporté par la crise politique, marquée par d’importantes manifestations anti-gouvernementales violemment réprimées, dans le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique.

Le mouvement de protestation avait débuté fin 2015 en région oromo (sud et ouest), la plus importante ethnie du pays, puis s’était étendu courant 2016 à d’autres régions, dont celle des Amhara (nord). Sa répression a fait au moins 940 morts, selon la Commission éthiopienne des droits de l’Homme, liée au gouvernement.

Un calme relatif n’était revenu qu’avec l’instauration d’un premier état d’urgence entre octobre 2016 et août 2017 et au prix de milliers d’arrestations.

En avril, la coalition au pouvoir, dos au mur, a investi pour la première fois de l’histoire contemporaine de l’Ethiopie un Premier ministre, M. Abiy, issu de l’ethnie oromo.

– « Amour » et « changement » –

Depuis, ce dernier a multiplié les déclarations d’apaisement et de concorde et le régime a donné des gages en direction de l’opposition: après avoir fait libérer 11 blogueurs et opposants, il a rétabli l’internet qui était toujours coupé en dehors de la capitale pour entraver la communication entre manifestants.

Le Premier ministre s’était ensuite rendu dans le sud du pays pour tenter de réconcilier les Somali et Oromo qui s’étaient affrontés en 2016, dans des violences ayant fait plusieurs centaines de morts.

Il avait également organisé une visite dans un des foyers de la contestation, en région oromo, où il avait appelé la jeunesse locale à lui donner du temps pour mener à bien ses réformes, affirmant que le pays était « désormais sur la voie du changement et de l’amour ».

Fin mai, ce sont plusieurs centaines de prisonniers qui ont été libérés dont l’Anglo-Ethiopien Andargachew Tsige, un haut responsable du groupe d’opposition armée, Ginbot 7. Ce dernier est le plus connu des dissidents libérés depuis l’arrivée au pouvoir de M. Abiy.

« L’état d’urgence n’était déjà plus pertinent au regard de l’ouverture de l’espace politique et de la libération de prisonniers politiques », a réagi mardi l’analyste politique éthiopien Hallelujah Lulie, contacté par l’AFP.

« C’est un moyen pour Abiy d’assoir son autorité et cela peut aussi considéré comme une façon de souligner le départ de l’establishment qui avait imposé l’état d’urgence », a-t-il ajouté.

Les récentes libérations d’opposants et la fin de l’état d’urgence ont été saluées mardi par le Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, qui les a qualifiées dans un communiqué d' »indications positives ».​

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