Mukwege : « Plutôt mourir debout que vivre à genoux »

Mukwege : « Plutôt mourir debout que vivre à genoux »

Le docteur Denis Mukwege est de passage à Bruxelles avec les professeurs Maindo et Mbata. Objectifs de cette « mission » : sensibiliser « la Belgique et les pays amis à la situation catastrophique dans notre pays », explique le docteur qui « répart » les femmes dans son hôpital de Panzi, dans l’est de la RDC.

Et pour sensibiliser son auditoire, le docteur Mukwege ne manque pas d’arguments, ni de chiffres, « plus insupportables les uns que les autres ». 

« En 20 ans, rien n’a changé au Congo », poursuit-il, avant de commencer une énumération non exhaustive des catastrophes qui frappent son pays et de reprendre les mots d’Emma Bonino, élue italienne, qui était entre 1995 et 1999 commissaire européenne à la Pêcheà la Politique des consommateurs et à la Protection de leur santé, ayant tutelle sur la direction générale de l’Aide humanitaire (ECHO). Ce qui lui a permis de mener une mission dans la région des Grands lacs dont elle revint scandalisée, par « le manque d’actions concrètes pour résoudre le sort des réfugiés… ». Vingt ans plus tard le même immobilisme de la communauté internationale à l’égard de la population civile congolaise est toujours aussi insupportable, diront en choeur les trois intellectuels congolais.

Dans son énumération, Denis Mukwege citera notamment les « 13 millions de Congolais qui dépendent complètement de l’aide humanitaire, une augmentation de 50% en un an. 7,7 millions de personnes sont en insécurité alimentaire dans un pays où la pluie est abondante, où il ne faut pas d’engrais, ni de pesticide ». Et le gynécologue n’oubliera pas, évidemment, les 400.000 enfants qui sont en train de mourir de faim au Kasaï, avant de parler des écoles attaquées ou utilisées à des fins militaires, de l’enrôlement de milliers d’enfants dans les différentes milices, notamment dans l’est de la RDC (« les enfants représentent 60% des miliciens »), des 4,5 millions de déplacés intérieurs…

« J’ai soigné des malades qui ont passé 5 ans de leur vie à se déplacer sans cesse. Ils s’installaient, ils commençaient à cultiver, avant d’être chassés au moment de la récolte. Dans mon hôpital, à Panzi, la soituation n’a jamais été aussi catstrophique que maintenant. Des femmes qui viennent d’accoucher sont reparties sans leurs enfants, parfois en nous laissant un petit mot pour nous expliquer qu’elles ne veulent pas le ramener pour ne pas qu’il meure comme son grand frère ou sa grande soeur. Imaginez ce qu’une femme doit vivre pour en arriver à de telles extrémités? « 

Et de poursuivre en dénonçant les viols systématiques dans le Nord-Kivu, l’Ituri ou le Tanganyika. « Tous les jours on tue, on décapite dans un silence total?  Et pour le gouevrnement, tout cela s’explique par des causes naturelles. C’est insupportable. Nous vivons un nouvel asservissement dû au comportement de nos dirigeants pour qui Tout va très bien Madame la Marquise ».

Prise en otage d’une nation

Les trois professeurs en viennent alors à stigmatiser la stratégie du chaos et de violence orchestrée par un groupe d’individus qui a « pris en otages la population de tout un pays ».

« Seul un processus électoral totalement libre, juste et transparent peut donner le coup d’envoi à une amélioraton de la situation. Mais par quel miracle un gouvernement qui a spolié le peuple, bradé le pays, qui n’a jamais rien fait pour améliorer la situation organiserait ces élections dans les 6 mois ? Si la crise politique continue, la crise humanitaire va se poursuivre. »

Pour le professeur Maindo, réclamer une trnsition sans politiques s’impose « parce que toutes les institutions en place en RDC sont illégitimes depuis de longs mois, voire des années. Par ailleurs, les élections sont improbables pour cette année tyant l’espace politique est verrouillé, la liberté d’expression baffouée et que dire d’un fichier électoral où près de 25 % des électeurs sont sujets à caution. »

Transition citoyenne sans Kabila

Fort de ce constat, le docteur Mukwege, soutenu par ses deux condisciples Maindo et Mbata se lancent dans leur credo. « Nous faisons appel aux pays amis pour soutenir le peuple congolais, pour mettre en place un mécanisme de transition citoyen sans Kabila ».

L’objectif ici est de mobiliser les Congolais pour qu’ils se dressent et fassent bloc face aux plans du gouvernement qui entend faire perdurer le pouvoir de Monsieur Kabila. « Nous ne nous battons pas contre un homme ou un gouvernement », insite le professeur Maindo, « nous luttons pour qu’un avenir meilleur se dessine enfin pour ces millions de Congolais qui endurent l’enfer sur terre. »

Debout comme un seul homme

« J’appelle le peuple congolais à se mettre debout comme un seul homme pour résister contre l’asservissement », reprend le docteur Mukwege, avant de poursuivre, « il faut substituer la lutte de positionnement par une lutte de libération ». Et les trois professeurs d’appeler « à faire les choses autrement. Il faut trouver des solutions pour sortir de cette crise, sans quoi la décadence est assurée. Notre conscience nous dit que c’est le moment d’agir. Nous devons faire de la subversion pour faire bouger les choses ».

Pour les orateurs, pas de doute, le temps est venu de passer à un autre type d’approche. « Plutôt que vivre à genoux, il est préférable de mourir debout », opinent les trois hommes.

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