Des jeunes Belges plongent dans le quotidien des Rwandais… et ce n’était pas facile

Des jeunes Belges plongent dans le quotidien des Rwandais… et ce n’était pas facile

Travail, nourriture, enseignement,… les jeunes Belges ont eu l’occasion de vivre comme des locaux.

Des ampoules plein les mains. Il faut dire que le travail était dur. Les élèves de l’Ecole européenne d’Ixelles voulaient une immersion dans le quotidien des Rwandais, et ils l’ont eue ! Les 16 jeunes ont été invités à voir le travail de Caritas dans un village de la région de Nyagatare, au nord est du pays. Active au Rwanda depuis 1960, l’ONG y mène notamment des projets pour lutter contre le phénomène de malnutrition, très important dans ce pays de près de 12 millions d’habitants (voir aussi l’article page suivante).

Très motivés, les jeunes – et les professeurs et représentants de l’ONG en Belgique – ont participé à la création d’un jardin potager et d’un compost chez des bénéficiaires. Le tout dans les règles de l’art. Pour le compost, par exemple, chaque couche a son importance. Celle du fumier comme les autres…. Un travail physique que les élèves ont accompli avec entrain avec l’aide des villageois. « Un moment une femme m’a pris ma pelle pour me montrer comme être plus efficace. Et effectivement, elle travaillait bien mieux que moi, » raconte une des élèves qui, comme d’autres jeunes, s’est sentie parfois un peu frustrée d’être moins compétente que les villageois. Mais l’idée du programme n’était pas d’apporter notre aide à la population, a rappelé un professeur. Le but du voyage est de faire comprendre aux jeunes la réalité du quotidien de ces gens et de favoriser les échanges entre nos deux cultures.

La journée de travail s’est poursuivie avec l’égrainage du maïs et le décorticage d’arachides. Un travail fatiguant – surtout pour les doigts – et très répétitif. Où il a fallu à nouveau s’incliner devant la dextérité des villageois. « Regardez ce que cette femme a fait : autant que nous 4 dans le même temps. »

© Solange Berger

Les jeunes qui souhaitaient une immersion dans la vie quotidienne des Rwandais ont été servis avec une journée passée à l’école Saint Aloys à Rwamagana, à l’est de Kigali. Les présentations faites, chacun s’est vu emmené au réfectoire pour partager le repas des quelque 1100 pensionnaires de cet établissement. Au menu : riz et haricots rouges. Le quotidien de ces jeunes. Ce fut un moment d’échange privilégié. « On a beaucoup parlé foot… » « Certains m’ont dit que les élèves noirs aiment beaucoup les blancs. Et m’ont demandé si l’inverse était vrai. Je leur ai répondu que je ne jugeais pas quelqu’un à la couleur de sa peau…. »

L’immersion s’est poursuivie par la participation aux cours : kinyarwanda pour les uns, biologie pour d’autres, ou encore religion, géographie, histoire,… Au programme du cours d’histoire de ce jour-là : le génocide. Une matière qu’ils étudient de la 1ère à la 6e humanité. Par petits groupes, les élèves ont été amenés à réfléchir aux causes de cette tragédie. « Il faut en parler en classe. Cela touche tout le monde. Certains ont de la famille en prison », nous explique le professeur.

La question du génocide avait été abordée par les élèves participants au programme avant leur voyage. Mais entre la théorie – surtout pour ces jeunes qui n’étaient pas nés en 1994 – et la réalité marquée notamment par une visite au Mémorial du Génocide et au Mémorial belge est bien différente. Une visite émouvante pour tous. « Quand le guide nous a raconté comment il avait dû fuir et se cacher, je me suis rendu compte que cela c’était vraiment passé« , raconte cet élève. « J’ai mis mes lunettes de soleil pour qu’on ne me voit pas pleurer », avoue un autre. La salle avec les photos de victimes, des crânes et ossements ou encore la partie réservée aux enfants furent les plus émouvants. Comment ne pas craquer devant ces photos d’enfants accompagnées d’un petit descriptif reprenant l’âge de chacun, ce qu’il aimait – « elle adorait les frites », « il chantait tout le temps,… » – et la manière dont ils ont été tués. « Nous nous sommes rendu compte à quel point l’imagination des hommes est importante quand il s’agit de faire souffrir ses semblables« . Une visite clôturée par le dépôt, sur une tombe commune, de roses et d’une gerbe de fleurs portant la mention « Genocide never again« . Pour que cela ne se reproduise plus jamais.

Solange Berger

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